Friday, February 24, 2006

Troisième partie

INT. APPARTEMENT. LUMIERE ELECTRIQUE

C'est la nuit et PAUL et HENRI sont dans le nouvel appartement d'HENRI qui vient juste d'être équipé. Les couleurs dominantes sont le bleu et le banc. Le mobilier est moderne, il y a une large bibliothèque, des tableaux de paysages marins et de nombreuses peintures de femmes avec des couleurs vives. Les deux AMIS sont assis sur un canapé. Devant eux, sur une table basse, se trouve un dossier bleu avec vingtaine de feuilles. Ils boivent un verre d'alcool pour commencer.

PAUL
Alors, tu te plais ici? Comment trouves-tu ton appartement?

HENRI
Ah… Il est vraiment bien… confortable…

PAUL (souriant)
Valérie a été correcte?

HENRI (souriant)
Parfaite.

Il y a un silence.


PAUL
…Elle te plaît, n'est-ce pas ?

HENRI (gêné)
…Mais attends, j'en sais rien… Je ne la connais pas assez. Elle m'attire un peu c'est vrai... Mais euh... enfin, je verrai!... On verra avec le temps...

PAUL (étonné et un peu déçu)
Tu n'épouserais pas une femme comme çà?

HENRI
Pourquoi pas... Mais avant, il faudrait que je sois sûr de l'aimer!

PAUL (énervé et vexé)
Mais enfin, je ne te comprends pas! Je ne vois pas pourquoi tu fais des manières... Tu ne rêves pas de faire ta vie avec ce genre de femme?

HENRI (rassurant et songeur)
Peut-être... Pourquoi pas? Après tout, tu as peut-être raison...

PAUL (un peu calmé et souriant)
Mais oui! Tu verras…

HENRI regarde PAUL d'un air suspicieux, étonné et curieux.

PAUL (plus dynamique)
Venons en à mes projets... Tu sais qu'il reste à présent très peu de spécimens de races anifistes… Ils sont devenus précieux parce qu'il faudra eux aussi finir par les exterminer. Alors..., mon idée était de donner aux gens le droit de les tuer comme ils le veulent à condition qu'ils nous paient. Nous deviendrions riches! A présent, toute la population est conditionnée. Les gens n'attendent que çà! … Un parc d'attraction serait l'idéal!… C'est là que tu interviens…

HENRI (réfléchissant)
C'était çà ton projet? Des clients nous payerons pour tuer?

PAUL (souriant)
Exactement! Ils achèteront le droit de savourer les dernières miettes.

HENRI (perplexe puis sérieux)
C'est pas vrai!… Je ne m'attendais vraiment pas à çà! Je ne sais pas quoi dire! C'est grandiose!

PAUL (modeste puis curieux)
…Oh, ce n'est qu'un détail de l'histoire!… Qu'est-ce que tu en penses? Est-ce que çà te paraît réaliste?

HENRI (souriant et motivé)
Certainement!… Attends mais tu as vraiment le droit de t'y prendre comme çà? Le Parti est au courant?

PAUL (satisfait)
En quelque sorte, oui... J'ai carte blanche pour l'extermination… Et puis les ordres ne sont pas d'une extrême précision…Alors, j'ai une certaine marge de manœuvre!

PAUL et HENRI, l'air absorbé et inspiré, se regardent un moment.

HENRI
Si je comprends bien, tu comptes sur moi pour mettre çà sur pied…

PAUL
Oui! C'est pour cela que je t'ai fait venir… Je n'interviendrai pratiquement pas! Je laisse libre cours à ton imagination… Et si tu as besoin de renseignements… ou d'aide, je me tiens à ta disposition, d'accord?

HENRI est comblé et sourit franchement puis il semble réfléchir.

HENRI
Tu parlais d'un parc d'attraction…

PAUL
Oui, je pense que çà serait une bonne idée! Il y en a un pas loin. Il était désaffecté et j'ai envoyé des ouvriers faire quelques vérifications récemment...

EXT. RUE. SOIR

Un jour suivant, VALERIE et HENRI, qui ont l'air joyeux, se promènent bras dessus bras dessous dans une rue de Mona vers le centre ville. Ils ont rendez-vous avec PAUL à la préfecture qui est un beau bâtiment en plein centre. VALERIE s'arrête devant une bijouterie parce qu'elle y avait repéré une belle bague parmi de nombreuses autres.

VALERIE
Regarde, Henri!… A droite, il y en a une qui me plaît énormément…! Tiens, je te laisse deviner laquelle…

HENRI cherche des yeux vers la droite puis semble avoir trouvé.

HENRI
Celle qui a les trois petits rubis?

VALERIE
Oui, c'est celle-là!

HENRI passe sa main dans les cheveux de VALERIE et la regarde en lui souriant.

HENRI
Si jamais on se fiance, c'est la bague que je t'offrirais...

VALERIE sourit.

VALERIE (persuadée)
Nous pouvons nous fiancer!… Finalement, il n'y a pas de raison pour que çà ne marche pas si on pense que nous pouvons nous accorder... De toute manière nous avons les mêmes intérêts...

HENRI la regarde intensément dans les yeux. Il sourit un peu et semble inquiet. Il l'embrasse sur le front. PAUL les rejoint en arrivant par derrière.

PAUL (content)
Vous avez passé une bonne journée?

VALERIE (surprise et ravie)
Excellente!

HENRI
Comment vas-tu mon vieux? On était sur le point de monter te voir…

PAUL
J'ai une course à faire. J'en ai pour cinq minutes! Mais montez… Allez-y! Je vous rejoindrez… Valérie, j'ai laissé des instructions pour qu'on vous laisse passer.

INT. BUREAU. JOUR

HENRI et VALERIE flânent dans le magnifique bureau de PAUL. HENRI est admiratif tandis que VALERIE semble connaître un peu plus les lieux. Soudain, la porte s'ouvre et PAUL entre.

PAUL (à HENRI)
Henri! C'est là que je travaille dorénavant…

Le téléphone sonne. PAUL décroche et tombe sur sa FEMME (MARIANNE).

PAUL
Allô?

PAUL
Bonsoir, ma chérie!

PAUL
Ah, mais je suis avec Henri. Il est dans mon bureau… J'arrive d'ici une heure! Soit patiente!

PAUL
A tout à l'heure!… Non, attends!

PAUL fait un signe rapide à HENRI.

PAUL (à HENRI et VALERIE)
Je vais vous inviter à dîner, ce soir?

HENRI regarde VALERIE et tous les deux acquiescent.

HENRI
...Pourquoi pas?

PAUL reprend le téléphone.

PAUL
Allô Marianne, j'ai invité Henri et une amie ce soir… Tu appelles le traiteur?

INT. MAISON. SOIR

La luxueuse maison de PAUL a deux étages. Au rez-de-chaussée se trouvent le salon et la cuisine. Dans les étages supérieurs, il y a les chambres et des bureaux. Les meubles sont rustiques. MARIANNE, enceinte de plusieurs mois, est dans la cuisine et alors qu'un plat cuit dans le micro-onde. Elle est toujours au téléphone avec son mari.

MARIANNE (surprise et mécontente)
Entendu! J'appelle le traiteur...

MARIANNE arrête le micro-onde.

MARIANNE (déçue)
Tu aurais pu me prévenir plus tôt, non? Enfin, bon…

Elle prend le plat à moitié cuit et le jette dans la poubelle.

MARIANNE
Je commande quelque chose de particulier? De quoi as-tu envie?

MARIANNE
…D'accord! Entendu...

MARIANNE
Est-ce que je fais manger les enfants avant?

MARIANNE
D'accord! A plus tard…

Elle soupire, éteint son portable et sort de la cuisine.

INT. ENTREE. SOIR

MARIANNE se déplace vers l'escalier de la maison et appelle ses FILS qui sont à l'étage.

MARIANNE (fort)
Jean! Jacques!

ENFANTS (fort)
Oui, maman…

JEAN et JACQUES sortent d'une des chambres en courant et se penchent en bas. Ils sont en pyjama.

MARIANNE
Mes chéris, votre père a invité des amis pour manger ce soir!

Ses FILS soupirent.

JEAN (mécontent)
Et?

MARIANNE
Et… je suis désolée mais vous devez manger avec nous...

JEAN
Oh non, encore!

JACQUES
J'en ai marre! Je ne viendrai pas et c'est tout!

MARIANNE
Allez maintenant çà suffit! Vous n'avez pas le choix! Habillez vous vite et je vous laisse choisir le menu! J'appellerai le traiteur dès que vous serrez décidés… Dépêchez vous quand même!… Il y aura deux invités.

MARIANNE retourne vers la cuisine.

EXT. MAISON. SOIR

Plus tard, une camionnette luxueuse de vente de repas à domicile est garée à l'extérieur de la maison. Une équipe de trois SERVEURS (deux garçons et une fille) en sortent et vont sonner à la porte d'entrée. Les deux SERVEURS portent de larges valises noires et la SERVEUSE les suit. MARIANNE, bien habillée, leur ouvre la porte.

MARIANNE
Bonjour! Entrez...

SERVEURS
Bonjour, madame le préfet!

Elle les emmène dans la salle à manger et leur montre une table rustique.

MARIANNE (souriante)
C'est ici, comme d'habitude…

Les deux SERVEURS ouvrent les valises et en sortent six superbes verres en cristal, des serviettes fines et bleues, six ensembles d'assiettes bleues et des couverts en argent. La SERVEUSE dresse la table méticuleusement et rapidement. Pendant ce temps là, les SERVEURS ressortent de la maison. Une fois que la SERVEUSE a terminé, elle reste debout près de la table et sourit.



INT. SALLE A MANGER. SOIR

HENRI, VALERIE, PAUL, MARIANNE, et leurs FILS (bien habillés) se mettent à table. Il y a de la musique d'Hector Berlioz. La SERVEUSE bipe ses collègues pour les prévenir que les gens doivent être servis, puis elle se déplace vers le couloir pour prendre les plats que les SERVEURS lui tendent et les amène seule à la table. Il a de la soupe à l'oignon, du bœuf bourguignon, des fromages et une tarte à la poire.

MARIANNE (à HENRI)
Bonjour, Henri! Comment allez-vous?

FILS (à HENRI)
Bonjour!

HENRI
Bonjour tout le monde!

PAUL (à sa FAMILLE)
Je vous présente Valérie. C'est une amie!

MARIANNE (à VALERIE, affectueuse)
Je suis ravie de vous rencontrer. Voici, nos deux fils Jean et Jacques. Ils ont quinze et dix ans.

VALERIE les saluent cordialement.

PAUL (à ses FILS)
Dîtes moi... Avez-vous passé une bonne journée, mes chéris?

JACQUES (souriant)
On a eu le bizutage aujourd'hui...

JEAN (à JACQUES, riant)
Ouais et on t'en a bien fait baver, hein?

JEAN éclate de rire et tout le monde sourit.

EXT. CASERNE. JOUR.

C'est un flash-back. C'est le bizutage que JEAN et JACQUES ont vécu quelques heures plus tôt dans l'après-midi. Des ENFANTS de sept à dix ans subissent le bizutage de JEUNES qui ont jusqu'à seize ans. Les BIZUTES se trouvent au milieu des BIZUTEURS qui les encerclent en rigolant férocement. JEAN est l'un des bizuteurs. Chaque BIZUTEUR demande aux BIZUTES d'accomplir quelque chose.

PREMIER BIZUTEUR
Allez! Sautez cinq minutes les bras en l'air!

Les BIZUTES sautent. Les BIZUTEURS prennent leur chronomètre et s'esclaffent. Un SECOND BIZUTEUR prend la parole.

SECOND BIZUTEUR (hurlant)
Faîtes une file devant moi et approchez-vous l'un après l'autre!

Un PREMIER BIZUTE s'approche.

SECOND BIZUTEUR
Que penses-tu de toi?

PREMIER BIZUTE
…Ben, je sais pas quoi pas répondre… Qu'est-ce que tu veux que je dise? Euh, je pense que euh…

Le SECOND BIZUTEUR le gifle et l'écarte. Un DEUXIEME BIZUTE s'approche.

SECOND BIZUTEUR
Es-tu un homme?

BIZUTE (sûr de lui et criant)
Non, pas pour l'instant! Mais j'espère bien en devenir un digne! Es-tu satisfait?

SECOND BIZUTEUR (criant et souriant)
Oui, parfaitement je suis satisfait!

Il lui met la main sur l'épaule et le met à ses côtés. JACQUES s'approche à son tour.

TROISIEME BIZUTEUR (à JACQUES)
Toi, le fils à papa, ton but est de finir décoré… avec des jolies médailles, c'est bien çà?

JACQUES (sûr de lui)
Il n'y a pas de hiérarchie entre nous! Nous sommes tous des frères nifistes. Oui, je vais avoir mes médailles… mais parce que je les mériterai!

TROISIEME BIZUTEUR
Tu vas en baver, tu sais? Tu vas souffrir! Et pourtant, tu les veux chacune de tes médailles… coûte que coûte, n'est-ce pas?

JACQUES
Oui, je les veux!

Des BIZUTEURS s'approchent et lui enfoncent des pin's sur le torse. JACQUES crie.

SECOND BIZUTEUR (à JACQUES, fort)
Si tu n'es pas capable de supporter çà, cette souffrance passagère là… Alors à quoi bon? Tu n'auras jamais le courage d'aller jusqu'au bout! Ferme la et souffre en silence!

JACQUES (se maîtrisant)
J'aurai ce courage!

INT. BIBLIOTHEQUE. JOUR

HENRI cherche des livres dans les rayons traitant entre autres choses de l'eugénisme puis il va s'asseoir à une table près d'une fenêtre et les consulte. Il lit un peu et rêvasse. Il prend les feuilles blanches posées sur la table et griffonne des plans d'architecture dessus. Il essaie de trouver des idées et de dessiner des plans pour le parc d'attraction. Il ouvre ensuite un autre livre où il y a des illustrations d'humains avec différentes couleurs de peau et différentes tailles. Soudain, son portable sonne. Il se lève rapidement et se dirige vers les toilettes de la bibliothèque pour ne pas déranger les autres LECTEURS.

INT. TOILETTES. JOUR


HENRI
Allô?

Il y a un silence.

HENRI
Sophie, c'est toi ma chérie?

TELEPHONE (voix de VALERIE, déçue)
…Henri?… Non, c'est moi… C'est Valérie… je… je voulais te dire que… euh… non rien... Çà n'a plus vraiment d'importance!


HENRI (gêné)
Valérie?… Çà va?… Euh, je suis désolé… Qu'est-ce qu'il y a…?

VALERIE raccroche.

EXT. JARDIN PUBLIC. JOUR

HENRI se promène en regardant les fleurs et les COUPLES avec leurs ENFANTS. Il a l'air d'être embarrassé et réfléchit intensément. Il soupire, s'assoit sur un banc et appelle SOPHIE.

EXT. RUE. JOUR

SOPHIE se promène dans une rue commerçante en Patochie. Son portable sonne.

SOPHIE
Allô?

HENRI ne répond pas tout de suite et écoute. SOPHIE sourit parce qu'elle a deviné qu'il s'agissait d'HENRI.

SOPHIE (faisant semblant de plaisanter)
Allô, Antoine?… Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler avant dix sept heures… Tu n'as vraiment aucune patience et tu ne tiens pas tes promesses!

EXT. JARDIN PUBLIC. JOUR

HENRI fronce les sourcils et semble souffrir.

HENRI (à lui même)
Décidément… Aujourd'hui, c'est le bouquet!

HENRI (à SOPHIE, reprochant)
Non, c'est Henri… Tu te rappelles…?

TELEPHONE (voix de SOPHIE, faisant semblant d'être déçue)
Ah…

HENRI (ému)
Ah?… Tu te moques de moi ou quoi? Antoine…? C'est qui ce type? Je ne peux même pas te faire confiance et après tu viens me parler de mariage…

TELEPHONE (voix de SOPHIE, faisant semblant de soupirer)
Henri… On avait déjà parlé de çà… Pourquoi me rappelles-tu? Tu te fais du mal… On a rompu… Tu te rappelles?

HENRI
Je ne te comprends pas… Je croyais que tu m'aimais…

EXT. RUE. JOUR

SOPHIE semble réfléchir puis hésiter.

SOPHIE (un peu agacée)
Pourquoi m'appelles-tu? Qu'avais-tu à me dire?

TELEPHONE (voix d'HENRI, hésitant)
Comme çà, je n'avais pas de but défini… Je m'ennuyais un peu… de toi… Je voulais avoir des nouvelles…

SOPHIE (agacée et émue)
Pourquoi des nouvelles… Henri?


TELEPHONE (voix d'HENRI, chuchotant)
Parce que je t'aime…!

SOPHIE s'arrête de marcher, elle a les larmes aux yeux et sourit.

SOPHIE (émue)
J'attendais… Je voulais te l'entendre dire… Moi aussi…, moi aussi je t'aime!

TELEPHONE (voix d'HENRI)
Et Antoine…?

SOPHIE (hésitante)
…Euh, il m'aime sincèrement… lui aussi…

TELEPHONE (voix d'HENRI, ému)
Viens, Sophie… Viens me rejoindre et je t'épouserai!

SOPHIE (pleurant de joie)
Oui, Henri… Je viens!

INT. IMMEUBLE. LUMIERE ELECTRIQUE

Quelques semaines plus tard, le soir de leur jour de noce, HENRI porte SOPHIE dans ses bras et monte l'escalier pour l'emmener dans son appartement à Mona. Ravis, ils ne cessent de s'éteindre et de s'embrasser. Une fois sur le palier, il ouvre la porte, l'emmène à l'intérieur et puis l'assoit sur le sofa. SOPHIE, curieuse, regarde autour d'elle.

HENRI
Tu es ici chez toi, ma chérie…

SOPHIE (émue et souriante)
Je t'aime Henri! Merci! Merci…

HENRI regarde SOPHIE avec tendresse. Elle prend son visage entre ses mains et l'embrasse.

INT. CAFE. JOUR

PAUL et VALERIE prennent un café à une terrasse et sont en train de discuter. VALERIE est triste.

PAUL (optimiste)
…Oui, j'aurai besoin de tes connaissances pour faire des sélections d'anifistes dans le parc… Tu sais, je suis vraiment content pour Henri. Le mariage était merveilleux! Çà me fait tout de même plaisir de les savoir si heureux, pas toi…?

VALERIE ne répond pas.

PAUL (compatissant)
Je suis désolé, Valérie…

VALERIE (pleurant)
Mais je l'aime! Je suis tombée amoureuse de lui… Tu savais qu'il aimait déjà quelqu'un quand il est arrivé?

PAUL
Evidemment, non! Je n'en savais rien! Il m'avait juste dit qu'il avait laissé une amie en Patochie… mais je ne pensais pas que c'était aussi sérieux… ni que çà allait durer…

VALERIE
Elle est si laide. Elle ne possède même pas tous les critères supérieurs nifistes… Je ne vois pas ce qu'il lui trouve… Quelle humiliation!


PAUL
Non, Valérie… Sophie n'est pas laide… Elle est seulement différente.

VALERIE
Je suis désespérée… Tu m'as éduquée pour lui… Il était mon objectif… Qu'est-ce que je vais devenir maintenant?

PAUL (compatissant)
Je m'en veux… Je suis désolé!

PAUL semble réfléchir, hésiter puis se décider.

PAUL
Je ne crois pas que tu seras perdante sur toute la ligne… Sophie est rasée… Elle a sûrement dû être stérilisée pendant son enfance… Je n'en suis pas sûr… Il va falloir que je me renseigne… Si c'était le cas, tu pourrais être mère…

VALERIE (surprise et déçue)
Moi? C'est çà que tu me proposes…?

PAUL
Ne vois pas les choses de façon pessimiste... Dis toi que les enfants d'Henri seront aussi les tiens. Tu ne les élèveras pas mais tu seras leur mère. C'est toujours mieux que rien…

VALERIE (hésitante)
Il faudrait que je triche avec l'homme que j'aime…

PAUL
Si Sophie est stérile, elle n'aura des enfants que par insémination artificielle et à son insu. N'importe qu'elle aryenne nifiste ferra l'affaire… Si tu refuses, ce sera la descendance d'une autre femme de ton genre.

VALERIE hésite puis sourit malicieusement .

VALERIE
…alors, pourquoi pas?…

PAUL réfléchit et attend.

PAUL
Il va falloir que tu prenne rendez-vous dans un laboratoire. Tu n'as pas encore l'âge requis mais on s'en passera. On va prélever et congeler quelques uns de tes ovules… Il faudra que tu attende jusqu'à ce qu'on soit sûr que SOPHIE tombe bien enceinte… Après quoi, tu ne pourras pas rester en Cahichona, Valérie… Je ne peux pas prendre le risque que tu parles, tu comprends?

VALERIE (suppliante)
Laisse moi rester… Si je parle, fais moi interner… Je te promets que je ne dirais rien…

PAUL (sec)
Non!

VALERIE (suppliante)
Je pourrais au moins les voir…

PAUL fait non de la tête.

VALERIE
En photos…?


PAUL
Non! Il faudra que tu oublies… Tu referas ta vie ailleurs… Avec le temps, çà passera…

PAUL sourit à VALERIE.

PAUL
Es-tu toujours d'accord?

VALERIE (troublée et très hésitante)
Laisse-moi y réfléchir…

PAUL
Mais bien entendu!

INT. BUREAU. LUMIERE ELECTRIQUE

HENRI est chez lui derrière son bureau et c'est la nuit. Il est en train de finir un croquis d'architecture complexe du parc d'attraction. Il y a des brouillons et des exemplaires accrochés partout autour de lui. On voit son visage penché sur son bureau. Il a l'air passionné et très actif. Puis on le voit de plus loin. C'est alors que SOPHIE arrive en robe de nuit, les cheveux détachés et un peu emmêlés. Elle pose sa main sur son épaule et il se retourne et lui sourit.

SOPHIE
Viens dormir maintenant… Il est tard! J'en ai assez d'être seule... Tu ne me consacres pas assez de temps. Tu passes ton temps à faire des plans comme si il n'y avait que çà au monde... Nous venons de marier, je te signale…

HENRI la regarde silencieusement, la prend dans ses bras et s'étire.

HENRI
Tu as raison ma chérie. J'arrive!

INT. MAISON. APRES-MIDI

L'inscription "Un mois plus tard" apparaît sur l'écran.

C'est la fin de l'après-midi. Dans une maison très pauvre du ghetto, deux femmes MILITAIRES discutent avec les membres d'une FAMILLE. Les PARENTS (environ trente cinq ans) ont une FILLE de seize ans, un FILS de quatorze ans avec des cheveux longs et une FILLE de deux ans. Tous portent des haillons et ont l'air maladif. Les MILITAIRES inspectent la maison.

PREMIERE MILITAIRE (souriante et aimable)
Vu l'état des lieux, le gouvernement nous envoie vous faire un proposition. Un immeuble d'habitation a été construit. Nous avons un studio neuf et meublé à votre disposition.

PERE
Où çà? Dans le ghetto?

La PREMIERE MILITAIRE regarde la SECONDE MILITAIRE.

SECONDE MILITAIRE
Non, le gouvernement a décidé d'en construire d'abord en ville… C'est pour la réinsertion… Nous en construirons ici aussi… mais plus tard… Pour l'instant nous cherchons à proposer les premiers studios aux familles les plus démunies.

MERE
C'est intéressant… Où sera situé le nôtre?

SECONDE MILITAIRE (hésite d'abord)
…Près du centre ville…

MERE (enthousiaste)
Pourra-t-on aller en ville faire des courses ou nous promener?

PREMIERE MILITAIRE
Pas dans un premier temps, non! Cependant nous vous faciliterons les choses… Il n'y a ni loyer, ni aucune facture. La nourriture vous sera évidemment fournie gratuitement.

PERE (suspicieux)
Gratuitement! Pourquoi tant de faveurs?

PREMIERE MILITAIRE (rassurante)
Evidemment, il y a une contre-partie … si cela peut vous rassurer…

Les deux PARENTS acquiescent.

PREMIERE MILITAIRE (convaincante)
Vous devrez travailler! Imaginez cet immeuble tout neuf… Il y aura encore du travail à faire… Du ménage, des réparations… Vous devrez maintenir votre studio propre, vous créer des vêtements…

Les PARENTS sourient.

SECONDE MILITAIRE
Acceptez-vous notre proposition ou désirez vous un temps de réflexion?

PERE
Si nous tardons … nous diminuons nos chances d'avoir ce studio, n'est-ce pas?

PREMIERE MILITAIRE
Effectivement!

PERE (à sa FEMME qui acquiesce)
Alors, nous acceptons!

DEUXIEME MILITAIRE
Bien! Nous allons attendre que vous ayez préparé vos affaires… Nous restons avec vous… Ne prenez que le strict nécessaire!… Quand nous sortirons ne parlez à personne de ce dont nous avons parlé…

PERE
Pourquoi puisque tout le monde va être relogé?

PREMIERE MILITAIRE (rassurante)
…Comme vous êtes les premiers servis, il pourrait y avoir de la jalousie et des actes de violence. Les autres immeubles ne sont pas encore habitables pour l'instant.

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