Sixième partie
INT. CABINE. LUMIERE TAMISEE
Il y a une douce musique d'ambiance. HENRI est assis sur une chaise derrière un bureau. Devant lui se trouvent des chaises disposées en arc de cercle. Il ouvre les tiroirs du bureau pour s'assurer que les couteaux qu'il avait commandés s'y trouvent bien. En les voyant, il sourit. Soudain des Cahichonnes assez jolies et bien portantes entrent dans la cabine sous l'escorte de MILITAIRES, elles sont élégamment vêtues et portent des chapeaux avec des voilettes. On distingue quand même un peu les traits de leurs visages. HENRI les observe, ferme les tiroirs et sourit. Les MILITAIRES sortent et ferment la porte.
HENRI (sec et souriant)
Asseyez vous!
Les FEMMES s'assoient. Une d'entre elles commence à relever la voilette de son chapeau et quelques AUTRES l'imitent. Soudain, HENRI intervient.
HENRI (vif et énervé)
Arrêtez! Gardez vos voiles!
Les CAHICHONNES recouvrent leur visage de leur voile.
HENRI (fort puis ironique)
Je veux seulement vous faire parler…! Je suis curieux de savoir ce que vous avez dans le ventre!
Les CAHICHONNES commencent à s'inquiéter. HENRI se calme et leur sourit.
INT. VOITURE. MATIN
Au même moment, un jeune AUTOMOBILISTE aux cheveux longs, aux yeux bleus et âgé d'environ vingt ans est au volant d'une somptueuse voiture. Il roule à toute vitesse sur une autoroute au milieu d'un tas d'autres voitures et chante une chanson obscène à tue-tête parce qu'il est complètement saoul. Soudain, il dévie de la route, perd le contrôle de son véhicule, va sur l'autre partie de l'autoroute et percute une autre voiture.
EXT. PLACE DU GHETTO. MATIN
Au même moment, deux ENFANTS et quatre ADULTES trisomiques du ghetto sont emmenés vers un camion par de jeunes femmes MILITAIRES qui les ménagent. Des membres de leur FAMILLE les suivent. Des PARENTS leur font des signes d'adieu.
UN VIEUX (inquiet)
J'aimerais bien savoir pourquoi on les emmène, ceux-là…
UNE MERE (souriante)
Elles m'ont assurée qu'ils seraient bien traités… L'Etat veut les prendre en charge pour que nous ayons un fardeau moins lourd à porter…
Le camion démarre et s'éloigne. Les TRISOMIQUES font des signes d'adieu. Inquiets, les HONGROIS vont continuer leur conversation dans leur langue maternelle.
VIEUX
Elles ont surtout dit ce que tu voulais entendre, n'est-ce pas ? Sais-tu au moins quand tu pourras revoir ton enfant ?
PERE
Une visite par semaine qu'elles nous ont dit !
UNE AUTRE MERE
Oui, c'est vrai ! Elles m'ont dit la même chose mais rien ne prouve qu'elles ne mentaient pas. Moi, j'ai hésité à leur confier mon fils… Alors, elles m'ont donné quelques tickets de rationnement supplémentaires.
VIEUX (à cette AUTRE MERE, incrédule)
Et tu as accepté de troquer ton enfant contre des tickets… ?
VIEUX (aux AUTRES)
Va savoir ce qu'ils vont en faire maintenant… D'abord c'était les familles pauvres, puis les trisomiques… Pour la gloire de la Patochie peut-être, hein?
UNE VIEILLE
Moi, çà ne m'inspire rien qui vaille…
VIEUX (se désignant)
Qui seront les prochains, on se le demande…
UN HOMME
C'est bizarre qu'ils aient préservés nos vies pendant autant de temps alors qu'ailleurs la majorité de notre peuple a été exterminée... Maintenant, ils se montrent affectueux… Puis, ils viennent nous chercher petit à petit comme si de rien n'était. S'il croient que je vais me fier à leurs sourires! Il ne faut pas se foutre du monde! C'est évident qu'ils continuent à nous tuer!
Soudain un haut-parleur se met en marche.
HAUT-PARLEUR (voix féminine, fort)
Messieurs mesdames, vous êtes priez de vous exprimer en patochin, s'il vous plaît! Veuillez vous disperser le plus rapidement possible, merci!
INT. IMMEUBLE SCIENTIFIQUE. MATIN
Plus tard, à l'accueil de l'immeuble scientifique, PAUL est en communication téléphonique avec le PERE du jeune ACCIDENTE.
PAUL (énervé)
Non!… Il n'y a pas de nacelle vide pour le moment...
PAUL (exaspéré)
Je sais… mais je vous ai déjà dit que la cause de son accident ne lui en donne pas le droit... Il était en état d'imprégnation alcoolique...!
PAUL (très étonné et jubilant)
...Combien?... Ah, mais çà change tout!... Ecoutez, nous allons faire le nécessaire... Je vous met en contact avec l'équipe médico-génétique!
PAUL fait un signe à une secrétaire qui tape sur des touches du téléphone puis prend le combiné et écoute.
SECRETAIRE
Allô? Ici, mademoiselle Martin. Monsieur le préfet vous envoie un client! Mettez vous à son service, s'il vous plaît!
PAUL (à la secrétaire)
…Bien, merci!
EXT. AMBULANCE. MATIN
Au même moment, une ambulance roule très rapidement avec sa sirène en marche. Il y a deux AMBULANCIERS. Le plus JEUNE conduit tandis que le plus VIEUX est en train de discuter par radio avec le PERSONNEL médical de l'immeuble scientifique.
VIEIL AMBULANCIER
…Oui, on arrive dans dix minutes au plus tard!
Il raccroche.
CONDUCTEUR
Je ne sais pas ce qu'ils vont réussir à en faire… Son corps est sans dessus dessous!
EXT. ROUE. JOUR
Un peu plus tard, vers la roue, on voit des CLIENTS qui se promènent et s'amusent. Ils sont heureux et rient. PAUL se dirige vers l'intérieur du guichet. Il est pressé et s'adresse au GUICHETIER. Ce dernier se lève et salue son supérieur.
GUICHETIER
Bonsoir, monsieur le préfet!
PAUL (vif)
Mettez moi en contact avec le commandant Lafont!
Le GUICHETIER prend une sorte de gros téléphone portable, appuie sur une touche et le tend à PAUL. PAUL entend des hurlements déchirants et extrêmement violents de FEMMES torturées. PAUL écarte d'abord le portable de son oreille puis fronce les sourcils d'un air mécontent.
PAUL
Henri, tu m'entends?
PAUL attend un moment et se rend compte qu'HENRI ne l'a pas entendu.
PAUL (au GUICHETIER)
Où se trouve t’il ?
GUICHETIER
Il est dans la sixième, monsieur le préfet!
PAUL
Bien! Veuillez sortir, s'il vous plaît!
GUICHETIER
A vos ordre, monsieur le préfet!
Le GUICHETIER sort. PAUL se déplace rapidement vers les écrans vidéos éteints. Il sort une clé et met en marche le système vidéo. Il allume un des écrans pour voir ce qui se passe dans la cabine d'HENRI mais comme la lumière est tamisée, on ne voit pas grand chose. PAUL appuie énergiquement sur un bouton de sonnerie d'alarme et le maintient enfoncé.
INT. CABINE. LUMIERE TAMISEE
On entend une très forte sonnerie retentir dans la cabine. Pendant ce temps, on voit l'interphone d'un mur, seul. Soudain, la sonnerie s'arrête et on entend les cris affolés et les gémissements de douleur des FEMMES. On voit en même temps le mur entier sur lequel se trouvent des traces de sang. HENRI s'approche enfin de l'interphone.
INTERPHONE (voix de PAUL, hurlant)
Henri!
HENRI (essoufflé, fort)
Oui!… Qu'est-ce qu'il y a?
On ne voit pas encore HENRI. On voit à la place une HONGROISE accroupie dans un coin de la pièce. Elle porte son chapeau de travers et ses cheveux sont ébouriffés et pleins de sang. Elle murmure sans cesse les mêmes choses et se balance d'avant en arrière...
HONGROISE
Je suis une femme… Un être humain… J'ai rien d'autre à prouver! Non, rien d'autre... Faut me respecter et y a rien à prouver…!
INTERPHONE (voix de PAUL, fort)
Il y a une urgence! Faut dégager la nacelle. On est sur un gros coup!
Soudain, on voit le visage propre d'HENRI. Il a l'air furieux, énervé et désespéré à la fois. La caméra observe HENRI en descendant de son visage à ses pieds par à coups. Il est couvert de sang.
HENRI
De toute façon, j'ai pas trouvé! Tu m'entends! J'ai encore raté! Fait chier!… Ok, je me casse! Je suis prêt... Je suis prêt!
On voit ensuite ses mains qui sont pleines de sang et de cheveux. Puis, on aperçoit la plaie béante d'un ventre qui est au sol. Puis la caméra se déplace vite sur une quelconque autre partie du corps de la VICTIME comme si elle était dégoûtée par ce qu'elle avait vu. On voit le visage du cadavre, ses yeux foncés puis une de ses pupilles qui est immobile.
Fondu vers...
INT. GUICHET. JOUR
...une pupille qui s'agrandit et se réduit rapidement. L'œil apparaît dans son ensemble et il est bleu. Il s'agit de celui de PAUL. Il éteint le système vidéo et semble assez énervé.
PAUL
Il me fait chier ce con, merde! Qu'est-ce qu'il foutait? Putain! Quel bordel, là-dedans!
PAUL sort du guichet.
EXT. GUICHET. JOUR
PAUL reste sur le seuil de la porte et fait un signe au GUICHETIER qui n'était pas parti loin.
PAUL
Venez arrêter la roue!
Le GUICHETIER arrive.
INT. GUICHET. JOUR
Le GUICHETIER, pressé, manipule des manettes pour arrêter la roue et il la regarde.
PAUL
Vous appellerez une équipe de nettoyage… On va devoir faire une opération chirurgicale! Mettez-vous en contact avec le service médico-génétique. Ils vous donnerons les instructions pour la préparation de la nacelle…
GUICHETIER
A vos ordres, monsieur le préfet!
Le GUICHETIER prend un portable et compose un numéro. PAUL quitte le guichet.
GUICHET
C'est la roue! Il paraît que vous avez prévu une opération chirurgicale?
La voix du GUICHETIER décline.
EXT. CABINE. JOUR
Plus tard, une EQUIPE de nettoyage en blanc forme deux rangées sur les côtés de la porte de la cabine qui est au sol. PAUL se trouve au bout des rangées. HENRI sort de sa cabine. Il essaie de marcher dignement même s'il est un peu énervé et surpris. L'EQUIPE s'engouffre dans la cabine immédiatement après. Au pied de la roue, comme elle s'est arrêtée, des BADAUDS se sont attroupés et ils hurlent de joie. HENRI leur montre ses mains ensanglantées, ils hurlent davantage et le félicitent. PAUL s'avance vers lui et lui dit quelque chose à l'oreille. HENRI le suit dans la cabine du guichet où ils sont seuls.
PAUL
Je te trouve de plus en plus pénible…! Je te signale que tu es ici pour travailler et non pas pour passer ton temps à t'amuser! Il y a des demandes qu'on ne peut pas satisfaire pendant ce temps là... On perd de l'argent et çà commence à bien faire… Et puis, qu'est-ce que tu foutais là-dedans…? Espèce de dingue!
INT. CABINE. LUMIERE ELECTRIQUE
Un groupe de MEDECINS sous les ordres d'un CHIRURGIEN s'active autour d'une table d'opération où se trouve allongé le jeune ACCIDENTE. Son corps est complètement broyé à divers endroits. Dans un coin de la pièce se trouvent accroupis et enchaînés plusieurs jeunes HOMMES d'une vingtaine d'années qui ont les cheveux rasés. Ils sont vivants mais semblent un peu endormis. Deux MEDECINS s'approchent du premier ENCHAINE (rasé aux yeux bleus) et le détachent. Ils l'emmènent et l'allongent sur une table d'opération adjacente. Bien que le jeune HOMME soit à moitié endormi, il semble comprendre qu'il va bientôt mourir. Il est particulièrement terrorisé et essaie en vain de bouger. On voit son visage et ses yeux.
CHIRURGIEN
Il nous faut le cœur de toute urgence!
UN MEDECIN
Prenez aussi ses yeux, ils sont d'un bleu quasiment nifiste!
Plus tard, la caméra se déplace là où se trouvaient les JEUNES enchaînés et il n'en reste plus qu'un de vivant. De l'autre côté de la pièce, vers la table d'opération adjacente, il y a un empilement de troncs humains, parfois sans têtes et parfois portant encore leurs membres. Les MEDECINS sont encore penchés sur le jeune ACCIDENTE tandis que le CHIRURGIEN finit de le recoudre.
CHIRURGIEN
Je suis épuisé... Bon, je pense qu'on a réussi! En tout cas, c'est fort probable!
Un MEDECIN s'approche de l'interphone. Les nouveaux yeux du JEUNE ACCIDENTE s'ouvrent brutalement et sont affolés tout comme avec leur précédent propriétaire.
MEDECIN (à l'INTERPHONE)
L'opération a réussi!
INTERPHONE (voix du GUICHETIER)
Entendu! Nous vous descendons...
EXT. RUE. SOIR
Le même jour, HENRI, en tenue civile, marche péniblement dans des rues bien éclairées. Les bâtiments sont très beaux. Il y a quelques belles voitures qui passent. Elles ralentissent lorsqu'elles passent près de lui et ses OCCUPANTS l'observent avec méfiance puis continuent leur chemin. HENRI semble énervé et triste. On voit ensuite qu'il aperçoit la roue de loin. Elle est illuminée, de dimension réduite puisqu'il s'en est pas mal éloigné. Il ne se trouve pas très loin du ghetto.
Plus tard, HENRI est en train d'entrer dans le ghetto sans bien sans rendre compte. Les maisons sont plus modestes. Tout est très sombre. Finalement, il arrive sur la place du ghetto, s'accroupit sur le perron d'une maison et se met à pleurer.
INT. MAISON. NUIT
Les PARENTS d'HELENE dorment à poings fermés dans leur chambre. Dans une autre chambre, HELENE est en train de lire à la lumière d'une bougie tandis que PIERRE est allongé dans son lit. Leur chambre est très sombre. Elle attend qu'il s'endorme. Il est environ vingt deux heures et elle partira travailler de nuit dans deux heures.
PIERRE
J'ai peur dans le noir!
HELENE (rassurante)
Il ne faut pas avoir peur, Pierre!… Tu sais, c'était pareil pour moi quand j'étais petite et je n'en suis pas morte! Allez, essaye de t'endormir!
PIERRE se retourne contre le mur.
HELENE
Bonne nuit! N'oublie pas de prier…
PIERRE (rapide)
Dis, Hélène!Qu'est-ce qui est arrivé à grand-père et à grand-mère? Est-ce- qu'ils vont revenir…?
HELENE (gênée)
Je ne sais pas... Dors, plutôt!
PIERRE
Tu peux me donner ta bougie, s'il te plaît?
HELENE (soupire)
Dors, Pierre…
PIERRE remue dans son lit.
PIERRE
Je veux aller aux toilettes...
HELENE (sèche)
Encore?
PIERRE se lève de son lit, prend la bougie qu'HELENE lui tend et sort de la chambre.
HELENE
Je t'attends!
INT. COULOIR. OBSCURITE
PIERRE, mort de peur, appuie plusieurs fois sur l'interrupteur du couloir. La lumière ne s'allume pas puisque le ghetto est privé d'électricité la nuit. Il regarde derrière la porte de la chambre et derrière celles du couloir. Il se dirige vers le salon, ouvre légèrement la porte du salon et y entre.
INT. SALON. OBSCURITE
PAUL regarde derrière la porte et autour de lui pour se rassurer. Puis, il observe un instant la porte d'entrée, s'en approche lentement en hésitant et regarde par le trou de la serrure. C'est alors qu'il voit HENRI qui est assis sur le perron. PIERRE s'effraye. Il recule rapidement et sa bougie s'éteint. Terrorisé, il se déplace vers le couloir pour aller prévenir ses parents. HELENE, qui l'a rejoint entre temps, l'arrête là. PIERRE, affolé, la regarde. Elle comprend que quelque chose ne tourne pas rond et lui fait signe de se taire.
HELENE (chuchotant)
Qu'est-ce qu'il y a?
PIERRE (chuchotant)
Il y a quelqu'un dehors... derrière la porte...
HELENE se tait un instant.
HELENE
Viens dans la chambre…
INT. CHAMBRE. OBSCURITE
HELENE et PIERRE entrent dans leur chambre. HELENE rallume la bougie de PIERRE et va s'en chercher une au-dessus de l'armoire qu'elle allume également.
PIERRE (effrayé )
Il y a un monsieur dehors…
HELENE (fâchée)
Je croyais que tu voulais aller aux toilettes! Il ne t'a pas vu, j'espère…
PIERRE
Je ne sais pas…
HELENE
Va dans ton lit et ne fais pas de bruit! Je reviens tout de suite!
HELENE sort de la chambre avec sa bougie. PIERRE, resté seul, se tortille parce qu'il a envie d'aller aux toilettes.
PIERRE (à lui-même)
Je vais faire pipi…
INT. TOILETTE. OBSCURITE
PIERRE, tremblant et nerveux, entre dans les toilettes avec sa bougie allumée.
INT. SALON. OBSCURITE
HELENE va vers la porte et écoute silencieusement. Au bout d'un moment, elle entend de légers bruits. Elle regarde par le trou de la serrure et voit HENRI qui a sa tête posée sur ses genoux. Soudain, il relève la tête. HELENE le regarde quelques secondes et remarque qu'il a l'air contrarié. Elle se redresse, semble réfléchir et hésiter. Finalement, elle ouvre très lentement la porte.
EXT. MAISON. NUIT
HENRI, méfiant, est en train de reculer face à la porte. Le visage étonné d'HELENE, éclairé par la bougie, apparaît. Elle place son index sur sa bouche pour qu'il garde le silence.
HELENE (chuchotant)
Excusez moi..., mais que faîtes vous ici?
HENRI (confus et chuchotant)
Je me suis perdu...
HENRI regarde le ciel.
HENRI
Je regardais le ciel!
HELENE
Ah bon… Mon petit frère vous a vu et vous lui avait fait peur…
HENRI (gêné)
Désolé...
HELENE observe les beaux vêtements civils d'HENRI.
HELENE
Vous n'êtes pas d'ici... Vous êtes-vous perdu? Est-ce que je peux vous aider…
HENRI (sec et autoritaire)
Non, çà va... Allez plutôt vous coucher!
HELENE, surprise, le regarde un instant.
HELENE (douce)
Je travaille cette nuit, monsieur! Bonsoir!
HENRI
Cette nuit?
HELENE
Oui, je suis avec l'équipe de nuit… On nettoie la ville…
HENRI
Ah…
HELENE ferme simplement la porte. HENRI regarde un instant la porte se fermer, hausse les épaules et puis part. Un peu plus loin, il regarde à nouveau la maison et hausse encore les épaules. On a cependant l'impression qu'il se force un peu à le faire. En fait, il est gêné d'avoir été surpris par une HONGROISE, qui s'est même proposée de l'aider et qui n'a pas semblée impressionnée par sa présence.
INT. BUREAU. MATIN
PAUL est assis sur le bord de son bureau de préfet. SOPHIE, qui vient lui rendre visite, se trouve debout près de lui. Ils discutent.
PAUL (souriant)
Tu vas bien?
SOPHIE
Pas trop... A vrai dire, je m'inquiète pour Henri…
PAUL
Moi aussi... Il n'est plus très coopératif...
SOPHIE (inquiète)
Il est rentré très tard hier soir. Il ne m'a même pas appelé entre temps... Il était bizarre… C'est la première fois que çà lui arrive.
PAUL
Comment çà se passe dans votre couple?
SOPHIE
Plutôt bien! Je fais mon maximum... Je me demande ce qu'il a fait... Tu crois qu'il a une maîtresse?
PAUL
Non, je ne pense pas... Vu tout le temps qu'il passe au parc, il doit bien satisfaire toutes ses pulsions et tous ses fantasmes.
SOPHIE
Qu'est-ce qui se passe alors…? Qu'est-ce que tu me conseilles de faire?
PAUL (amusé)
Ah, les femmes...! C'est pas à moi de te donner des conseils, ma chérie... Je n'en sais rien... Soit plus sexy! Plus originale!
SOPHIE (incrédule)
Tu crois vraiment que c'est çà?
PAUL (songeur)
Je me demande s'il ne faut pas que vous retourniez en Patochie...
SOPHIE
Je ne crois pas que ce soit la bonne solution. Il s'est trop investi dans ton projet!
Il y a un silence, PAUL réfléchit.
PAUL (pressé et un peu sec)
De tout manière, je vais le faire surveiller... A plus tard, Sophie!
SOPHIE (surprise)
Oui… Au revoir, mon général…
INT. SALON. SOIR
Il est environ vingt trois heures. HENRI, songeur, est allongé sur le canapé de son appartement. SOPHIE, souriante, s'approche et se penche tendrement vers lui.
SOPHIE (souriante)
Est-ce que tu veux quelque chose?
HENRI (soupirant)
Pourquoi pas?
HENRI
Non, attend! Je dois sortir en ville… J'en aurai pour deux heures tout au plus… Je veux aller voir quelque chose.
SOPHIE (étonnée et curieuse)
Quoi donc?
HENRI
J'ai besoin d'anifistes pour nettoyer le parc les matins et je veux savoir si on peut me donner une équipe.
SOPHIE
Mais il est tard! Vas y demain!
HENRI
Non, non! Je veux rencontrer sur place ceux qui les encadrent.
SOPHIE
Bon, d'accord! A plus tard!
HENRI (souriant)
Tu peux aller te coucher si tu veux…
SOPHIE
Tu as raison. Je suis épuisée…
Ils s'embrassent et HENRI s'habille pour sortir.
EXT. RUE COMMERCANTE. NUIT
Des JEUNES Hongrois, en tenue de travail, sortent de camions militaires. Ils sont encadrés par des MILITAIRES qui ont des calpins à la main avec des listes de noms d'ouvriers hongrois. Ils sont armés entre autres choses de martinets. Les JEUNES se mettent en rang le long du trottoir. Tout se passe assez silencieusement. Les JEUNES font le ménage et des réparations en ville quand les Patochins sont endormis afin de ne pas les importuner par leur présence.
MILITAIRE
Allez! Mettez vous au travail!
Les JEUNES se dirigent vers un camion. Les GARÇONS en sortent des balais et commencent à balayer la rue qui est pleine de détritus tandis que les FILLES prennent des produits d'entretien et entrent dans les magasins pour y faire du ménage. HELENE est parmi elles.
PREMIER GARÇON
Eh bien, on risque d'avoir une longue nuit...
DEUXIEME GARÇON
C'est de pire en pire...
INT. BAR. LUMIERE ELECTRIQUE
Des FILLES cahichonnes commencent à entrer. HELENE entre derrière le comptoir d'un bar. Des verres sont renversés et brisés et tout est très sale. Elle nettoie et va faire la vaisselle. Une des FILLES sort des toilettes et a des hauts le cœur.
FILLE (aux FILLES)
Je n'en peux plus! C'est dégueulasse!
Les AUTRES la regardent avec étonnement et vont à sa rencontre pour la soutenir.
AUTRES FILLES
Çà va?
Une TROISIEME FILLE entre dans les toilettes par curiosité.
TROISIEME FILLE (aux FILLES, dégoûtée)
Non, mais venez voir ces porcs!
Une MILITAIRE entre dans le bar.
MILITAIRE
Silence! Travaillez!
TROISIEME FILLE (à la MILITAIRE, exaspérée)
Non, je refuse de continuer à travailler! Mais venez voir un peu les toilettes...
MILITAIRE (hurlant)
Silence! Mettez vous au travail!
TROISIEME FILLE
Non, je refuse quoi qu'il advienne! Je refuse de vous servir le genre de bêtes que vous êtes devenus!
MILITAIRE (furieuse)
C'est ce qu'on va voir!
La MILITAIRE saisit son martinet et s'approche de la TROISIEME FILLE pour la fouetter. HELENE se place devant elle pour la protéger.
MILITAIRE (aux DEUX FILLES, hurlant)
Retournez travailler, paresseuses!
La MILITAIRE commence à les fouetter mais ne parvient pas se faire obéir. Elle sort du bar et appelle des MILITAIRES pour qu'ils lui viennent en aide.

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