Quatrième partie
EXT. PARC D'ATTRACTION. SOIR
Une heure plus tard, il fait juste un peu plus sombre. PAUL, un bandeau placé devant les yeux, et HENRI sont dans une voiture. HENRI est au volant et entre vers la place qui est devant le parc d'attraction.
HENRI (souriant)
Çà y est! On y est! Maintenant que tout est construit, tu vas enfin pouvoir voir le fruit de mon imagination…
PAUL (souriant)
Et aussi un peu de la mienne, ma foi...
HENRI se gare.
HENRI (heureux)
Çà m'a donné beaucoup de satisfaction. Je ne te remercierai jamais assez pour m'avoir offert cette occasion...
PAUL se tourne vers HENRI d'un air amusé.
HENRI (enthousiaste et inspiré)
Créer...!!
PAUL (un peu ironique)
Je sais, l'art est un anti-destin comme tu me disais l'autre jour... J'espère que je serai aussi heureux que toi dans un instant... Alors, je te remercierai à mon tour!
PAUL touche son bandeau.
PAUL
Il est temps, non?
HENRI retire le bandeau de PAUL, qui se frotte ensuite les yeux.
PAUL regarde vers le parc et est envoûté parce qu'il voit.
HENRI
Nous y voilà!
PAUL ne dit rien parce qu'il est trop obnubilé et émerveillé. Il ouvre la portière, sort, puis s'avance vers le parc sans cesser de le regarder. La caméra est face à lui. HENRI, extrêmement souriant et satisfait, le rejoint.
PAUL (s'exclamant)
Mais quelle oeuvre!
EXT. GHETTO. SOIR
Quelques heures plus tard, les MILITAIRES et la FAMILLE sortent de la maison. La MERE tient la main à sa FILLE de deux ans qui presse contre son cœur une petite poupée abîmée. Tous portent des paquets et se déplacent vers une voiture militaire. Il y a quelques BADAUDS inquiets et curieux. Les MILITAIRES sourient à la famille et lui font des clins d'œil.
PREMIERE MILITAIRE (à la FAMILLE, fort)
Alors vous êtes impatient, non?
La MERE lui sourit en retour.
MERE (heureuse)
Oui.
Le PERE sourit aux CAHICHONS qui les regardent. Les MILITAIRES placent les paquets dans le camion et la FAMILLE y monte. Le camion part et les deux MILITAIRES, satisfaites, se jettent un regard complice.
EXT. PARC D'ATTRACTION. SOIR
HENRI et PAUL s'avancent vers l'entrée du parc et se trouvent à une dizaine de mètres du portail.
HENRI
De loin, le parc est d'apparence plutôt banale comme tu peux le constater. Les gens pourront venir en famille s'y amuser… J'ai même pensé à un service spécialisé pour veiller sur eux…
PAUL et HENRI arrivent tout près du portail. Soudain, les marionnettes se met à bouger. PAUL sursaute ce qui amuse HENRI.
MARIONETTE MASCULINE (voix d'ordinateur)
Bienvenue à tous dans le parc d'attraction nifiste de la république nationaliste patochin!
MARIONETTE FEMININE (voix d'ordinateur)
Couleur de peau correcte exigée!
PAUL (aux MARIONNETTES, ironique)
Ne vous inquiétez pas mes chers! J'ai un droit d'entrée!
PAUL et HENRI rient.
INT. PARC D'ATTRACTION. SOIR
Tout en se déplacant vers la roue qui est située un peu plus loin, PAUL et HENRI déambulent à travers des stands. Les lumières des stands sont allumées mais il n'y a ni mouvement, ni sons, ni personnel Ils s'approchent d'un stand de tir où les cibles sont des familles de petites MARIONNETTES de couleur ou handicapées. Le nom du stand est le suivant : "ESPECES EN VOIE D'EXTINCTION". HENRI le désigne.
HENRI
C'est le genre de jeu qui est prévu pour les enfants…
EXT. ROUE. SOIR
PAUL et HENRI se trouvent enfin face à la grande roue.
PAUL (enthousiaste et inspiré)
Quelle belle déesse…!
HENRI (souriant)
Oh oui…! Je compte sur elle pour nous rendre prospères!
HENRI montre du doigt la roue puis le bâtiment de préparation.
HENRI
Les clients qui voudront s'y rendre devront passer dans ce bâtiment d'abord. C'est là qu'ils pourront se préparer… Il y a des salles de détente et de réflexion, euh… une salle d'information, des douches, des déguisements, du maquillage et et toute une panoplie d'instruments… pour tuer…, euh… et torturer bien-sûr… J'ai aussi prévu une équipe qualifiée qui se tiendra à leur disposition.
PAUL (jubilant)
Tu as pensé à tout!
HENRI
…Attends, c'est pas fini! Je ne t'ai pas tout présenté…
HENRI se tourne vers l'hôtel, le désigne, puis fait un geste vers la ville.
HENRI
Là-bas, c'est un hôtel… J'en ferai éventuellement construire d'autres en ville si çà ne suffit pas...
HENRI se dirige vers un paquet de prospectus et en montre un à PAUL. On y voit un grand bus bleu sur lequel il y a l'inscription suivante :
"PARC D'ATTRACTION REPUBLICAIN".
avec spécimens anifistes!
PAUL (admiratif)
Tu as aussi prévu des navettes…
HENRI
Oui, j'ai fait une commande et je devrais en avoir une cinquantaine d'ici deux trois jours… Le secrétariat s'occupera de la publicité. Il ne reste plus qu'à recruter du personnel… Je pense que tout sera prêt d'ici une semaine…
HENRI désigne l'immeuble scientifique dont quelques fenêtres sont allumées.
HENRI
Je te ferai visiter le complexe scientifique plus tard quand tout sera prêt… Euh… On est en train de l'aménager...
INT. IMMEUBLE SCIENTIFIQUE. JOUR
Une semaine plus tard, PAUL et HENRI sont au rez-de-chaussée. Il y a du PERSONNEL scientifique en blouse blanche qui se déplace et qui discute. Les GENS les saluent tandis qu' HENRI et PAUL se déplacent vers l'accueil.
HENRI
Voici donc le complexe scientifique! Les pièces ont été aménagées pour enfermer des spécimens de races inférieures. Au premier étage et au sous-sol, il y a des laboratoires scientifiques et des équipes de recherche.
HENRI montre l'accueil à PAUL.
HENRI
C'est là que seront faîtes les commandes et les opérations financières. Maintenant, je vais te faire visiter les salles de concentration.
Ils se déplacent vers un ascenseur et HENRI appuie sur le bouton pour le deuxième étage.
INT. COULOIR. JOUR
Ils sortent de l'ascenseur. PAUL regarde à travers une vitre teintée. La pièce ne contient que des meubles.
PAUL (étonné)
Les vitres sont teintées de l'intérieur, non?
HENRI
Exactement! Mieux vaut qu'ils ne puissent pas nous voir... Ils ont un comportement plus naturel. C'est important pour les clients! D'ailleurs, les vitres sont aussi insonorisées...
HENRI désigne avec sa main l'ameublement des pièces.
HENRI
J'ai aussi préféré leur donner un minimum de confort…
PAUL continue de regarder à travers la vitre.
PAUL
Oui, je vois çà! Mais je comprends où tu veux en venir… Evite de séparer les familles tant que tu y es. Mieux vaudrait qu'elles soient éliminées en même temps...
HENRI réfléchit un moment.
HENRI
Tu as raison... mais çà risque d'être parfois un peu difficile!
HENRI désigne le fond du couloir et commence à s'avancer.
HENRI
Les pièces du fond sont déjà occupées...
HENRI fait un geste pour désigner les étages supérieurs.
HENRI
...et pratiquement toutes celles du haut. Viens voir!
Ils se dirigent vers le fond du couloir. Derrière la vitre teintée, la pauvre FAMILLE cahichonne, qui avait été emmenée auparavant par les deux femmes MILITAIRES, s'y trouve. TOUS portent des pyjamas blancs. La MERE coupe les cheveux longs et mouillés de son FILS. La FILLE fait la vaisselle. Le PERE regarde par la fenêtre. La petite FILLE place sa poupée dans un petit lit et la cajole. Ils sont naturels et satisfaits. HENRI s'approche de l'ordinateur et l'allume. Soudain des phrases apparaissent. Tout ce que la FAMILLE hongroise dit, est retranscrit en patochin sur l'écran.
HENRI (à PAUL)
Approche! Regarde!
On peut lire sur l'écran les phrases suivantes tandis qu'on voit les PARENTS parler:
GROUPE HONGROIS
élément masculin adulte 38 ans,
élément féminin adulte 35 ans,
éléments féminins enfants 16 et 2 ans,
élément masculin enfant 14 ans.
-élément masculin adulte: …vont-ils faire de nous? Ils ont en pas réellement parlé...
-élément féminin adulte: Tu as peur on dirait... Mais tu les as entendu! Ils veulent nous confier du travail. Nous leurs sommes utiles!
-élément masculin adulte: Tout çà me semble trop beau pour être vrai... Je trouve çà bizarre qu'on soit toujours enfermé...
-élément féminin adulte: Elles nous ont déjà expliqué pourquoi... Tu te plains toujours!... N'est-ce pas merveilleux ici? Regarde tout notre confort. On n'avait pas plus de liberté dans le ghetto...
-élément masculin enfant: Arrêtez tous les deux. Je n'ai pas envie que mes cheveux soient mal coupés et vous ne fa_
HENRI se retourne vers PAUL qui a toujours le visage rivé sur l'écran.
PAUL (à HENRI, admiratif)
C'est une sacrée bonne idée!
HENRI
Oui, çà permet de surveiller leur moral... euh… et de les étudier... Eux, ils sont là depuis la semaine dernière...
HENRI éteint l'ordinateur, se retourne et fait face à la pièce opposée dans laquelle se trouvent quatre
ENFANTS d'âge et de sexe différents, mais qui se ressemblent cependant.
HENRI
Voilà un autre groupe. Ce sont des frères et sœurs... Ils viennent de la Cahichona du sud. Aux étages supérieurs, il y a des anifistes africains, asiatiques et-
Soudain HENRI se tait parce que l'ascenseur qui est au fond du couloir s'ouvre. Un jeune MILITAIRE en sort et s'avance. Il est pressé et inquiet. Il fait le salut militaire.
MILITAIRE (à PAUL)
Mon général!
MILITAIRE (à HENRI)
Mon commandant!…
HENRI
Oui?
MILITAIRE
La cargaison vient d'arriver. Un élément métis a été blessé par un convoyeur.
HENRI (embêté)
Ah bon? Bon, allons voir çà!
Les trois HOMMES se dirigent vers l'ascenseur.
INT. REZ-DE-CHAUSSEE. JOUR
Les portes d'entrée de l'immeuble scientifique sont ouvertes. Un camion garé devant l'immeuble. Des SCIENTIFIQUES en blouse blanche emmènent des HOMMES de couleur noire, endormis, sur des lits roulants vers les ascenseurs. Un SCIENTIFIQUE, pressé, s'approche de PAUL, d'HENRI et du MILITAIRE qui viennent de sortir d'un des ascenseurs. Ils se serrent les mains.
SCIENTIFIQUE
Bonjour, messieurs!
PAUL,HENRI et LE MILITAIRE
Bonjour.
SCIENTIFIQUE (à HENRI)
Ils viennent d'arriver! On va les analyser au sous-sol et vérifier s'ils sont consommables… Apparemment, tout va bien…
Le SCIENTIFIQUE désigne de loin un lit roulant qui a été mis à l'écart. Un CORPS, allongé et recouvert d'un drap maculé de sang, s'y trouve.
SCIENTIFIQUE
…sauf pour l'un d'entre eux... Un convoyeur l'a mutilé pour se défendre.
HENRI (étonné)
Il s'est réveillé…? Qu'est-ce qu'il s'est passé?
SCIENTIFIQUE
On l'avait endormi, mais il s'est réveillé beaucoup plus tôt que prévu et il s'est rebellé.
HENRI (incrédule)
Hein? Avec ce qu'on lui administré?
SCIENTIFIQUE
Tous ne réagissent pas pareils...
HENRI (ironique)
Vous n'allez pas ne faire croire que c'est un sur-homme non plus... Faut pas exagérer!
Tout le monde éclate de rire.
SCIENTIFIQUE
Veuillez m'excuser, messieurs, mais je suis pressé…
HENRI (au SCIENTIFIQUE, souriant)
Mais je vous en prie!
Le SCIENTIFIQUE part vers un ascenseur.
HENRI (au MILITAIRE, souriant)
Vous pouvez disposer, merci!
Le MILITAIRE sort de l'immeuble.
HENRI (à PAUL)
Tu comprends, quand ils sont en mauvais état, on ne peut pas les mettre en vitrine…
HENRI désigne le CORPS mutilé.
HENRI (ironique)
…et quand çà c'est le cas comme avec celui-là, les scientifiques en profitent pour faire des travaux pratiques… Je sais même pas s'il est encore vivant…
PAUL
Je ne savais pas qu'il restait encore autant de noirs en Europe...
HENRI
C'est vrai que j'ai eu du mal à m'en procurer... Mais pour de l'argent, je serais capable de créer l'inexistant… et de trouver l'introuvable! Ce sont probablement les derniers... Je pense qu'il va sûrement falloir les cloner!
PAUL (curieux)
Qu'est-ce que tu as pu dénicher d'autre?
HENRI (riant)
De tout! Même des animaux... Çà peut toujours servir… Les clients sont rois, comme on dit. Je m'attends à tout de leur part… J'ai même prévu des jumeaux, des triplés...
INT. CHAMBRE. MATIN
On voit les pieds d'un vieil HONGROIS qui est assis sur le bord de son lit. Un de ses pieds porte une chaussette et le second est nu. L'ameublement de la chambre est celui d'une famille patochinne moyenne actuelle : avec une télévision, une machine à laver et des meubles simples, pratiques et propres. Il parle en Patochin à sa FEMME qu'on ne voit pas pour l'instant.
VIEILLARD (énervé)
Mais tu répètes toujours la même chose! Dis moi donc ce que tu fais des chaussettes? A chaque fois que tu les laves, il en disparaît!
VIEILLE
Mais je n'en sais rien, enfin! Prends une qui y ressemble au lieu de râler!
VIEILLARD
Je ne râle pas! Je te signale que je n'en trouve pas de pareilles. Tu devrais les jeter quand il n'y a plus la paire!
VIEILLE
Mais on finira peut-être par retrouver l'autre plus tard. Sinon, tu peux la jeter toi-même parce que c'est ta chaussette!
VIEILLARD
Tu es une vraie emmerdeuse! Çà fait des années que je me ballade avec des chaussettes dépareillées!
VIEILLE
Et c'est moi la responsable de tant d'année de malheur, peut-être? Tu ne peux pas résoudre ce problème tout seul? Et est-ce qu'il faut que je le fasse parce que je suis une femme et toi, un homme?
EXT. ROUTE. MIDI
Quelques heures plus tard, un camion militaire qui se dirigeait vers le ghetto est en train de stationner sur le bas côté d'une route car un pneu arrière a crevé. Un jeune MILITAIRE de quinze ans le remplace. Deux femmes MILITAIRES discutent, le regardent en souriant et le taquine un peu. Vers l'avant du camion deux MILITAIRES de trente ans (HERVE et ANDRE) discutent.
HERVE (excité)
Il y en a marre de prendre des gants, c'est frustrant!
ANDRE
Ouais, Hervé! Je sais bien!
ANDRE désigne les autres MILITAIRES.
ANDRE
On n'a qu'à se séparer des autres quand on sera dans le ghetto…
HERVE
Ouais, c'est çà… Je les enverrai faire des contrôles d'identité.
ANDRE
Ils ne vont pas forcément être d'accord à cause des instructions…
HERVE
Ne t'inquiète pas! Je sais comment faire…
EXT. GHETTO. MIDI
Le camion entre sur la place du ghetto et se gare. Le jeune MILITAIRE est au volant. Les MILITAIRES descendent du camion, saluent et sourient aux HONGROIS à part HERVE et PIERRE qui se jettent un coup d'œil complice. HERVE sort un calpin et lit trois noms de rue.
HERVE (aux MILITAIRES, très convaincant)
Bon voilà… J'ai besoin de trois d'entre vous pour effectuer un contrôle d'identité de la rue Jean Paris, de la rue Le Fène et de la rue de l'ombre brune. Qui veut le faire?
HERVE (aux FEMMES)
Les femmes déjà... parce que je compte sur votre tact...
FEMMES
Oui, mon caporal!
HERVE fait mine d'hésiter entre PIERRE et le JEUNE de quinze ans qui regarde les femmes MILITAIRES en souriant.
HERVE (au JEUNE)
Tu veux y aller?
JEUNE
Pourquoi pas, mon caporal!
HERVE (à PIERRE)
Bon toi, tu restes avec moi. Il y a les vieux à aller chercher.
HERVE (aux TROIS)
Veuillez vérifier vos appareils.
Ce sont des appareils lecteurs de rétine qui ont un petit écran sur lequel s'affiche des renseignements sur l'identité de la personne analysée. Les TROIS prennent leurs appareils et se les essaient mutuellement pour vérifier leur état de marche. Le JEUNE essaie le sien sur l'une des femmes MILITAIRES. On voit l'écran de son appareil et on peut y lire :
IDENTITE
nom Dupré
prénom Nathalie
âge 21
adresse 16 rue de Vichy, Mona, Cahichona
profession militaire (2ème classe)
signe particulier néant
HERVE (à ANDRE)
André, va leur chercher des plans du ghetto.
ANDRE retourne dans le camion. HERVE déchire la feuille de son calpin et la leur donne.
HERVE (aux TROIS, sûr de lui)
Vous nous attendrez dans vos rues… On vous récupérera!
ANDRE revient avec les plans et les leur donne. Les TROIS déplient les plans et les consultent.
EXT. ROUE. APRES-MIDI
Un CLIENT se trouve au pied de la roue devant sa cabine et attend qu'elle s'arrête complètement. Deux MILITAIRES sortent de la cabine arrêtée et laissent la porte ouverte derrière eux.
UN MILITAIRE (au CLIENT)
Monsieur, votre nacelle est prête!
LE CLIENT se fait craquer les doigts d'impatience et sourit.
CLIENT
Merci, messieurs! J'y vais.
LE CLIENT entre dans sa cabine.
INT. MAISON. APRES-MIDI
On est dans la maison du vieux COUPLE d'Hongrois précédent. Soudain, HERVE et ANDRE frappent normalement à la porte d'entrée. LA VIEILLE s'avance rapidement vers la porte et l'entrouvre. Quand elle s'aperçoit de qui il s'agit, elle essaie de refermer la porte mais HERVE et ANDRE entrent brutalement.
VIEILLE (choquée)
Oh, mon Dieu! Non! Sortez!
HERVE et ANDRE saisissent à deux le VIEILLARD et le traîne vers la porte d'entrée en le brutalisant. Le VIEUX résiste et se débat. La VIEILLE se jette sur HERVE et ANDRE pour les frapper.
VIEILLE
Sortez d'ici, salauds! Laissez le, laissez le…, vous dis-je!
HERVE et ANDRE rient et poussent la VIEILLE en arrière par les épaules. Elle tombe puis commence à partir à quatre pattes vers une autre pièce.
ANDRE (à la VIEILLE)
T'inquiète pas, tu vas bientôt le rejoindre!
VIEILLARD
Laissez moi, sortez d'ici! Vous n'avez pas honte? Qu'est-ce que vous voulez?
HERVE (aux VIEUX)
Ferme ta gueule et dépêche toi!
VIEILLARD (à sa FEMME, fort)
Claire! Je t'aime!... Adieu!... On se reverra au paradis!
ANDRE (au VIEUX, sifflant)
Au paradis!
VIEILLE
Je t'aime, moi aussi!
La VIEILLE sort de la pièce.
ANDRE (au VIEUX, hurlant)
Mais on va d'abord te faire goûter aux plaisirs de l'enfer!
ANDRE reprend le VIEILLARD et continue à le brutaliser tout en le traînant vers la porte d'entrée. Le VIEILLARD se défend. Finalement, HERVE sort une petite seringue et lui fait une injection qui l'endort.
HERVE (à ANDRE)
Ni vu, ni connu!
ANDRE
Et la vieille?
HERVE (ironique)
Viens, on va lui faire des misères…
INT. CABINE. OBSCURITE
LE CLIENT de la scène précédente entre doucement dans la cabine et ferme la porte. Il est dans le noir. Il allume son briquet et le promène devant lui pour y voir plus clair mais n'y parvient pas vraiment. On entend la respiration haletante et les sanglots d'un ENFANT roux hongrois.
CLIENT (riant gentiment)
Où te caches- tu? Allez... Dis à papa où tu es...
LE CLIENT, tenant son briquet vers l'avant, s'accroupit et s'avance sur les genoux. Il déplace son briquet de gauche à droite et cherche toujours l'ENFANT.
CLIENT (plus doux)
Je suis ici pour te sauver mon mignon… Tu ne veux pas me faire un câlin? Allez viens! Dis moi où tu es…, mon petit chéri...
ENFANT (sanglotant)
Ici.
Le CLIENT se tait un instant.
CLIENT (convaincant)
...C'est bien de me parler! Il ne faut pas avoir peur… Ne pleure plus… Allez, approche!
L'ENFANT regarde le CLIENT, n'approche pas et secoue la tête pour lui dire non.
CLIENT (déçu mais doux)
Tu désobéis? Je te fais peur? Pourquoi?
ENFANT (sanglotant et hoquetant)
Je te connais pas!... Je veux partir...! Pourquoi je suis là? Je comprends pas... Pourquoi on m'a mis sous la table...? Tu me fais peur!
LE CLIENT s'excite et semble perdre son self-contrôle.
CLIENT
Moi non plus, je ne comprenais pas pourquoi mon papa me faisait peur! Je devais me cacher… comme toi! Il était sévère mon papa et il me faisait très mal...
L'ENFANT commence à avoir peur et pleure.
CLIENT (s'énervant)
Arrête de pleurer! Tais-toi…! Ferme ta gueule, sale petit con de rouquin! Putain de merde, tu me fais chier! Tu ne sais que chialer pauvre petit gamin de merde! Mais défends toi…, bas toi…, convaincs moi…, parle…!
ENFANT
Je veux partir… Laisse moi!...
Le CLIENT lui saisit les poignets et le tire vers lui.
CLIENT (imitant et ironique)
Je-veux-partir! C'est tout ce que tu es capable de dire?
CLIENT (soudain très froid et calme)
Le pire pour toi c'est que je ne suis pas ton papa et tu n'es pas un Patochin...!
LE CLIENT s'apprête à gifler l'ENFANT. La flamme du briquet s'éteint. On ne voit pas mais on entend l'impact de la main sur la joue. L'ENFANT crie. On entend ensuite les rires nerveux, la respiration folle et les mouvements du CLIENT qui se met à frapper l'ENFANT. Puis il y a un decrescendo sonore.

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