Première partie
INT. BUREAU. APRES-MIDI
HENRI est au travail en train de consulter son téléphone portable posé sur son bureau pis il retourne ranger ses affaires dans des cartons pour son déménagement. enfin, il prend son téléphone, appelle SOPHIE et continue à ranger en même temps.
HENRI
Allô Sophie, c'est Henri!
HENRI
Sophie?
HENRI
Ah bon...
HENRI
Je t 'aime Sophie...
HENRI ( plus fort )
Sophie?
HENRI regarde son téléphone portable d'un air étonné et énervé parce que SOPHIE vient de lui raccrocher au nez.
EXT. GARE. NUIT
Des gens attendent sur le quai éclairé dans la gare de Budapest. Un train d'allure moderne entre en gare. PAUL, élégament vêtu en civil, entre dans la gare, pressé et en retard. HENRI descend du train. Des militaires blonds patrouillent et repèrent les bruns. Ils contrôlent leur identité. HENRI se fait bien-sûr interpeller par une jeune femme qui lui regarde les cheveux d´un air étonné. PAUL cherche HENRI des yeux.
MILITAIRE
Veuillez me suivre monsieur! Je vais vérifier votre identité...
PAUL s'est retourné et parcourt les quelques mètres qui l'éloignent d'HENRI et bouscule énormément la MILITAIRE.
PAUL ( autoritaire, énervé )
Henri ! Mais qu'est-ce qui se passe? Cet homme est avec moi !
HENRI
Paul !
MILITAIRE
Veuillez m´excuser, Monsieur le Préfet... ce sont vos ordres....
PAUL (gêné)
Ha ha ha, oui bon, c´est bon, hein !
La MILITAIRE s´éloigne. PAUL et HENRI se font l´accolade.
PAUL
Henri ! Comment çà va, mon vieux ?
HENRI
Cà va... Et toi?
PAUL
Cà va!... t'as vraiment pas changé! Et ton voyage? Ca a été ?
HENRI (ironique)
(soupir) Ennuyeux et interminable. Bon, mais je vais bien, je suis pas trop fatigué.
PAUL
Allez viens... on part! Mon chauffeur attend. Tu dormiras chez moi jusqu´à temps que tu puisses t´installer, d'accord?
HENRI ( étonné par PAUL )
Pour la militaire tout à l´heure, c´était pas la peine de la bousculer comme çà, elle faisait son boulot!
PAUL
Mais je ne l'ai pas bousculée... mais attends, j'ai rien fait. Je l'ai même pas touchée!
(paroles approximatives de Jean-Marie Le Pen quand il avait bousculé une maire socialiste).
HENRI (interloqué )
Attends... mais je t´ai vu !!
PAUL (fuyant)
Oui, bon... Laisse tomber !
INT. VOITURE. NUIT
Un chauffeur assez vieux conduit les deux amis dans une voiture très élégante. Ces derniers sont confortablement assis à l'arrière. Ils sont en train de discuter.
PAUL
Ah moi... par contre je ne me plainds pas! J'ai une femme enceinte d´une fille et déjà deux fils !
HENRI
Eh bien... Toutes mes félicitations !
Il y a un silence.
HENRI
Au fait, il faudrait que tu me dises ce que je suis sensé faire ici...
PAUL ( sérieux )
... Il « faudrait » comme tu dis... On verra plus tard, d'accord? Ce que j´espère, c´est qu'on s'entendra bien... J'ai besoin de toi, de ta sensibilité et... euh de ta subtilité pour ce projet !
HENRI ( souriant intensément )
De toute façon, je te dois bien çà!
EXT. GHETTO. MATIN
On voit un petit village composé de quelques petites maisons correctes. Il y a des caméras de surveillance placées en haut des murs de certaines maisons qui surveillent les faits et gestes des habitants qui sont des Hongrois maintenus vivants. Au loin, on aperçoit la roue d'un parc d'attraction français. Quelques personnes agées sont assises sur des bancs de la place du village et discutent entre elles en français avec un fort accent hongrois. Elles regardent parfois les caméras.
1ERE VIEILLE ( montrant la roue )
Hier soir, la roue là-bas.... mon mari m´a dit qu´elle a tourné...
UN VIEUX
Oui, c´est vrai. J´ai entendu çà aussi !
2EME VIEILLE
C´est peut-être bon signe finalement ! S´ils veulent s´amuser, on sera tranquille.
LE VIEUX
Peut-être, oui, mais bon, va savoir ce qu´ils ont encore derrière la tête.
Des jeunes sont rassemblés vers un autre banc. Certains sont assis sur le banc et d'autres sont par-terre en face. Ils ont tous l'air de s'ennuyer. HELENA dessine des contours de viasages sur le sol avec un bâton.
1ER JEUNE
Qu'est-ce-qu'on s'emmerde, putain !
2EME JEUNE (démotivé)
Ouai! Pffff ! Qu'est-ce-que tu veux y faire ?
HELENA (réfléchie)
Qu'est-ce que vous aimeriez faire ?
1ER JEUNE ( désabusé et ironique )
Mais... Quelque chose justement ! N'importe quoi !
2EME JEUNE ( à HELENE )
Merde, on n'a même plus le droit d'avoir un ballon!
HELENA ( énergique )
Cà c´est parce que vous avez pété exprès trois caméras la dernière fois! Ben ouai !
1ER JEUNE ( énervé )
Parce qu´avant c´était mieux, peut-être ? Les caméras, elles n'ont rien à foutre là! On n´a jamais rien eu. Ah si ! Juste la troulle des flics- c´est le seul truc qui nous vient de l´autre côté ! Les flics pour qu´on reste où on est à ne rien faire.
AUTRE JEUNE
Ouai, t´as raison. Ils nous prennent pour des cons ! Regarde les vieux là-bas, ils acceptent sans rien dire, ils pensent qu´à survivre ! Ils me font honte ! Moi, je peux pas, c´est tout ! J´en peux plus !
HELENA (inquiète)
Je vous rappelle qu'on surveillé!
EXT. RUE. MATIN.
Dans une rue commerçante, PAUL et HENRI, en tenue civile, s'approchent de la vitrine d'une librairie et y entre.
INT. LIBRAIRIE. MATIN
VALERIE, la libraire, est en train de ranger des livres sur une étagère.
VALERIE ( surprise, heureuse )
Bonjour messieurs... Monsieur le Préfet!
PAUL ( affectif et souriant )
Bonjour mademoiselle Dubois... Je vous présente mon ami le commandant HENRI Lafont... qui nous vient de France
VALERIE a l'air particulièrement heureuse en voyant HENRI. Elle rougit même un peu.
VALERIE ( à HENRI )
Enchantée, monsieur!
VALERIE ( à Paul )
Je vous apporte les livres que vous m'aviez commandés... Un petit instant s'il-vous-plaît!
INT. ARRIERE-BOUTIQUE. MATIN
VALERIE part dans l'arrière boutique. Devant un miroir, elle s'admire, se détache les cheveux, se les brosse, se désodorise la bouche, vérifie l'état de son maquillage et le réajuste. Tout se qu'elle fait devant la glace se passe en accéléré. Elle prend quelques livres posés les uns à côté des autres sur une étagère.
INT. LIBRAIRIE. MATIN
HENRI et PAUL se regardent d'un air amusé. Ils chuchotent.
HENRI
J'ai l'impression que tu lui plais...
PAUL ( fier et amusé )
Normal je fais la pluie et le beau temps, ici ! Mais bon, j'ai déjà une femme!
HENRI ( curieux )
Fidèle?
PAUL ( souriant et sérieux )
Encore et toujours! Alors, elle t'interesse? Jolie, non?
HENRI ( sérieux )
Oui, bien-sûr... mais elle finira sans doute par me lasser... comme les précédentes !
PAUL ( très sérieux et regardant son ami dans les yeux )
Hum, Henri... t´en fais ta femme ou tu l´oublies...
VALERIE revient en tenant les livres. Elle arbore un magnifique sourire. PAUL va à sa rencontre et laisse HENRI assez loin derrière lui.
VALERIE
Voilà vos livres, Monsieur le Préfet !
Elle lui tend les livres. PAUL les prend et les regarde. Il y a un ouvrage sur la chasse et des oeuvres fascistes traitant de sujets comme les races par exemple. HENRI ne peut pas voir de quel livres il s'agit et c'est d'ailleurs le but de PAUL.
PAUL ( heureux et inspiré )
Merci, merci beaucoup...
VALERIE ( à HENRI )
Vous vous plaisez, ici ?
HENRI ( regardant VALERIE )
Je suis ici que depuis hier soir... Avant je travaillais dans l'administration militaire en France et Paul m´a demandé de le rejoindre, voilà !
PAUL a l'impression qu'HENRI s'intéresse à VALERIE. Il semble satisfait et sourit à VALERIE en lui faisant un clin d'oeil « entendu ».
PAUL ( visiblement satisfait )
Vous joindriez-vous à nous... demain... pour déjeûner mademoiselle? Nous irions au Paris...
VALERIE
Bien-sûr, avec plaisir Monsieur le Préfet !
PAUL
Je compte sur votre disponibilité pour faire un peu visiter la ville à mon ami, c´est d´accord ? Oui... donc pour le dîner 19 heures, çà vous irait ?
VALERIE
Cà me va !
PAUL sort son portable et appelle le restaurant.
PAUL
Bonjour ! C´est le préfet !
PAUL
Oui, c´est çà !
PAUL
Demain à 19 heures !
PAUL
.... Pour trois personnes, s´il-vous-plaît.
PAUL
Bien... Merci! Au revoir.
PAUL éteint son appareil et le range.
PAUL
Et voilà, c´est fait!
INT. BAR. MATIN.
PAUL et HENRI entrent. Le bar est classique, grand et très propre. Au fond, il y a une arrière salle avec des jeux ( flippers, machines à sous, baby-foot, billards etc...). Il y a des gens de tout âge et des deux sexes, et aucun n'a de défaut ( pas de lunettes ou d'infirmité quelconque ). Un quart des gens sont des blonds aux yeux bleus. Quelques hautes personnalités blondes se lèvent et salue PAUL en lui serrant la main.
Les deux amis s'avancent vers une table. PAUL pose ses livres sur un coin de la table de manière à ce qu'HENRI ne voit pas leur titre. Un SERVEUR brun s'approche. Il a l'air un peu apeuré, cherche à être le plus correct et le plus serviable possible. Il regarde HENRI et surtout ses cheveux d'un air incrédule pendant un cours instant puis pose sur la table une dizaine de jetons gratuits pour les jeux de l'arrière salle.
SERVEUR ( se tournant vers PAUL puis HENRI )
Bonjour mon général, monsieur... Vous désirez?
PAUL ( solennel )
Une bouteille de champagne.
SERVEUR
Bien messieurs!
Le SERVEUR part. PAUL regarde ses livres, puis regarde HENRI. Il se racle la gorge, ce qui attire plus l'attention d'HENRI, ils se regardent intensément. PAUL sourit enfin et désigne l'arrière salle.
PAUL ( motivé )
Les jetons sont pour des jeux dans l'arrière salle. Tu veux y aller?
HENRI ( souriant )
Pourquoi pas?
PAUL prend les jetons et les partage. HENRI prend sa part.
PAUL et HENRI sont dans l'arrière salle. Il y a des baby-foots, des jeux d'ordinateurs, des flippers et des machines à sous. D'autres joueurs sont présents. HENRI se frotte les mains et a l'air enchanté.
PAUL
On commence par quoi?
HENRI
Les machines à sous, non?
PAUL ( riant )
Toujours aussi obsédé par l'argent!
PAUL se dirige vers les flippers.
HENRI
Je te rejoins dans un instant.
HENRI se dirige vers une machine à sous et y introduit un jeton. Tous les flippers sont occupés et PAUL le rejoint finalement. HENRI perd au jeu et il recommence.
PAUL
Tu veux utiliser tous tes jetons pour ce jeu?
HENRI reste silencieux un moment.
HENRI
Non...
HENRI perd à nouveau et se tourne vers PAUL.
HENRI
Et si on allait boire un peu de champagne?
HENRI se dirige vers la salle du bar et PAUL le suit. La bouteille se trouve sur la table dans un bac à glaçons. LE SERVEUR, en les voyant revenir, arrive à leur table pour les servir.
SERVEUR
Messieurs, je vous sers?
HENRI
Oui, volontiers!
PAUL reste debout et HENRI qui s'assoit. LE SERVEUR débouche la bouteille et les sert.
PAUL
Je vais voir si une table de billard s'est libérée… Tu amèneras les verres...
PAUL part. LE SERVEUR finit de servir.
HENRI (au serveur)
Merci!
SERVEUR (mielleux)
A votre service, monsieur...
LE SERVEUR déplace un peu les livres pour placer une assiette de chips à côté et part. HENRI le remarque, prend les livres et regarde leurs titres. Il s'étonne d'abord et puis semble satisfait. HENRI retourne dans l'arrière-salle avec les verres.
PAUL est adossé à une table de billard libre et attend HENRI. HENRI s'approche en souriant et lui tend un verre. PAUL le prend et HENRI désigne les boules.
HENRI
Tu commences?
PAUL
D'accord.
PAUL tend son verre vers HENRI pour trinquer.
PAUL
Longue vie et gloire à Le Payedeur!
HENRI
Et au Nifisme!
Ils boivent un peu et posent leurs verres sur le bord de la table de billard. PAUL va chercher deux cannes, en donne une à HENRI et commence une partie. PAUL est très attentif. Ils continueront à jouer et à boire durant la discussion suivante.
HENRI
J'ai regardé les titres des livres sur la table de l'autre côté... Çà me rappelle les livres qu'on bûchait pour préparer nos bizutages...
PAUL (curieux)
Tu t'en rappelles?
HENRI
Ah oui, je m'en rappelle... de ces occasions... de s'affirmer et de savoir... avec qui... on avait intérêt à s'associer...
PAUL (rêveur)
Un rite initiatique en quelques sorte..., douloureux..., mais il me plaisait quand même!... Idéal pour prouver ce que je valais...
HENRI
Moi..., comment dire?... Je me rappelle que je me tirais d'affaire... en m'adaptant à ce qu'on m'imposait,...en trompant ma raison. En fait, plus je souffrais, plus je m'obstinais à faire ce qu'il fallait... comme si mon salut en dépendait... Il me suffisait tout simplement d'y croire et de m'en convaincre.
PAUL
Le plus terrible, c'était leur torture psychologique. La plupart craquait. Tu te rappelles de Charles qui s'était pendu?
HENRI
Moi, j'ai bien failli l'imiter d'ailleurs quand ils m'ont forcé à rester éveillé plusieurs jours de suite... Au moins, c'était un bon moyen de sélection... Pas de place pour les glandeurs! J'avoue qu'ensuite çà m'a plût de le faire subir à mon tour aux cadets...
PAUL (souriant)
On s'est bien défoulé... Tu te rappelles... des soirées que l'on passait ensemble à chercher... des moyens toujours plus subtils pour éliminer le plus grand nombre de lavettes?
HENRI (riant)
Je m'en rappelle, oui... et j'aimais vraiment çà!... Et si tu savais le plaisir que j'avais... quand ils obéissaient à nos ordres les plus saugrenus... à nos aspirations... les plus démentes.
PAUL se met à sourire en l'écoutant et semble de plus en plus satisfait.
PAUL
Tu m'attends, je vais aller remplir les verres. J'en profiterai pour payer… Je reviens...
PAUL prend les verres. Il part ensuite dans le bar, pose les verres sur leur table et s'approche du comptoir. LE SERVEUR prend un appareil lecteur de rétine, tape sur des touches et le place devant l'œil de PAUL. Pendant ce temps là, PAUL, sort son portable et fait signe au serveur de se taire un instant. Il avait prévu de faire venir un ENFANT cahichon vendre des fleurs dans le restaurant le Pariosse. Or, c'est strictement interdit. Ce sera l'occasion pour PAUL d'observer le comportement d'HENRI face à cette situation.
PAUL
Allô?
PAUL
Vous pouvez m'envoyez le gamin à dix neuf heures trente?
PAUL
Oui, là-bas…
PAUL
Parfait! Merci!
PAUL
Au revoir!
PAUL appelle VALERIE.
PAUL
Valérie?
PAUL
Le vendeur cahichon viendra à dix-neuf heures trente demain!
PAUL
Oui.
PAUL
Oui, oui! Là-bas…
PAUL
Bon, il faudra que tu t'éclipses cinq minutes avant, d'accord? Je ne veux pas que tu le gênes dans sa démarche.
PAUL
C'est bien, je compte sur toi… Allez, au revoir.
PAUL raccroche.
SERVEUR
Merci, monsieur le préfet!
PAUL ne répond pas au serveur, prend la bouteille et les verres et retourne dans l'arrière-salle. HENRI était en train de jouer aux machines à sous en attendant et n'a rien entendu de la conversation téléphonique. Ils retournent vers la table de billard, boivent et reprennent leur partie.
HENRI
Et comment vont les choses en Cahichona, maintenant?
PAUL (enthousiaste et souriant)
Mieux, ma foi! Je m'applique beaucoup... La purification continue mais j'ai ralenti la cadence à Mona. Les indigènes ont une certaine utilité… C'est bon de pouvoir se comparer à eux pour se rendre compte de la valeur nifiste… J'ai arrêté les méthodes d'exterminations massives... Il sont devenus plus... précieux..., enfin il s'agit... de prendre le temps de réfléchir au meilleur moyen d'en profiter...
HENRI (heureux et rêveur)
Ah... Et le village où j'ai été blessé. Qu'est-ce qu'il est devenu?
PAUL
La terre était plutôt pauvre, là-bas… Alors on en a fait un ghetto cahichon... Çà leur suffit largement...
Il y a un silence
PAUL (songeur)
Tu sais, Henri... Je m'ennuyais... et c'est pour çà que j'ai voulu qu'on se retrouve. J'avais envie de t'avoir à mes côtés pour réaliser mes projets.
HENRI
Et qu'est-ce que tu veux qu'on réalise ensemble?
PAUL (convaincu et évasif)
Je veux qu'on s'enrichisse... et on va s'en donner à cœur joie! Fais moi confiance! Tout est à faire. On a carte blanche, puisque çà suit l'idéal nifiste de notre patrie!... Il suffira d'utiliser... euh… de profiter des différents statuts humains, de leurs désirs ou de leurs destins...
PAUL se tait un moment. Ils se regardent. HENRI semble réfléchir et fait un faux mouvement avec la canne. Il s'arrête de jouer un instant et semble se motiver pour le projet.

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