Friday, February 24, 2006

Huitième partie

INT. CHAMBRE. OBSCURITE

HELENE est assise sur son lit et lit avec une bougie. Elle entend les coups sur sa vitre, s'effraye et regarde vers sa fenêtre. Son FRERE ne s'est toujours pas réveillé. HENRI lui fait signe de se taire et de s'approcher. HELENE, inquiète, se lève et va ouvrir la fenêtre avec précaution.

HELENE (étonnée, chuchotant)
Qu'y a t'il, monsieur?

HENRI
Je passais par-là et je voulais te saluer…

HELENE
C'est gentil, merci… Mais, il est un peu tard.

HENRI
J'ai trouvé ton comportement exemplaire l'autre jour.

HELENE
Hier, dans le bar? Qu'y faisiez-vous, d'ailleurs?

HENRI
Je te cherchais… Non, je ne parlais pas du bar mais du soir d'avant quand je m'étais perdu… Tu étais bien discrète… Tu en as parlé depuis?

HELENE
Certainement pas! Çà aurait inquiété davantage mes parents et c'est pas le moment!

HENRI
Les gens s'inquiètent par ici?

HELENE reste un moment silencieuse.

HELENE (provoquante)
Çà vous étonne…?

HENRI
Que penses-tu des Patochins?

HELENE (ironique)
En général ou en particulier?

HENRI
Les deux…

HELENE (ironique)
Je ne peux pas me permettre de dire ce que je pense… Alors, je vais réciter ce que je suis sensée répondre…

HENRI (réticent)
Non! La situation est unique… Parle moi franchement… Tu n'as rien à craindre…


HELENE
Ni rien à perdre…! Je veux bien vous répondre mais promettez moi que je serai la seule à payer les conséquences de cet acte!

HENRI (rassurant et rassurant)
Oui, oui bien-sûr! Alors dis moi… ce que tu penses de nous et … de moi…


HELENE (vive)
Vous êtes de viles ordures!

HENRI (déçu et mécontent)
Je vois…

HELENE (ironique et énervée)
Vous m'aviez demander d'être franche… Maintenant vous souffrez et vous êtes mécontent… Mais comparez ce que vous ressentez face à ce qui m'attend… et à ce que je ressens tous les jours! Çà n'a rien à voir! Moi, je ne vous plains pas! Désolée!

HELENE désigne son frère.

HELENE (à HENRI, émue)
Lui, c'est mon petit frère… Il a cinq ans… Il s'appelle Pierre. C'est la seule personne à laquelle je tienne réellement et je vais le perdre un jour ou l'autre. Il est condamné lui aussi… puisque qu'aucun d'entre nous n'échappera à l'extermination…

HENRI (air innocent)
Mais de quelle extermination parles-tu?

HELENE regarde HENRI intensément dans les yeux. Elle semble irritée et déçue de le voir mentir. Elle commence à refermer la fenêtre.

HELENE
Si c'est tout ce que vous trouvez à me dire…

HENRI l'empêche de fermer la fenêtre.

HENRI (pressé et inspiré)
Excuse moi… C'est des phrases toutes faites qui me viennent à l'esprit. J'ai du mal à faire la part des choses… à être objectif… Je ne te mentirai plus, je te le promet!… Pas ce soir… Pas à cette fenêtre… Pas à un ange…

HELENE (sèche)
Je ne suis pas un ange…

HENRI
Pour moi, si… Laisse moi y croire… Je t'en prie!… Comment t'appelles-tu?

HELENE
Je m'appelais Hélèna. Mais en Patochin, on le prononce apparemment : Hélène…

HENRI (songeur)
Hélèna…

HENRI regarde PIERRE pour vérifier qu'il dort toujours.

HENRI
Tu me dis que tu aimes ton frère… Mais de quelle manière? Explique moi! Qu'est-ce l'amour pour toi?…

HELENE (passionnée et songeuse)
La misère rapproche les gens! L'amour… est un esclavage qui nous permet de nous élever humainement et de nous surpasser…

HENRI (attentif et souriant)
Oui…

HELENE (triste)
J'ai dû affronter le regard de mon frère, récemment. Un regard qu'on aime et qui souffre… Un regard qui anéantit! C'était quand mes grand-parents ont été enlevés…

Il y a un silence. HENRI regarde HELENE et semble gêné.

HELENE
Des militaires patochins les ont enlevés il y a un mois. C'était les seuls à partir ce jour là… Ils sont partis sur des civières… Sont-ils toujours vivants? Pouvez-vous me renseigner?

HENRI (songeur)
Oui, je me rappelle…

HELENE (surprise)
Comment çà?

HENRI (rapidement et hésitant)
…On sait tout chez nous… Ils ont été mal traités…

HENRI (soupire)
Il vaut mieux pas que tu n'en saches pas plus…

HELENE (insiste)
Ils sont morts?

HENRI
Le vi… euh, ton grand-père a été relogé vers la roue…

HELENE (curieuse)
Mais qu'est-ce qui se passe là-bas? La roue s'est mise a retourner et il y a beaucoup d'animation…


HENRI (souriant)
C'est joli, tu ne trouves pas? C'est moi-

HELENE (le coupe sèchement)
Mais, pourquoi avez-vous emmène mon grand-père, là-bas?

HENRI (hésite)
C'est un parc d'attraction…

PIERRE se réveille et se lève sans que les autres s'en aperçoivent.

HENRI (hésite)
Hélèna, tu es trop jeune… Je ne peux pas tout te dire. Il s'agit de secrets militaires.

HELENE
Vous m'aviez promis de me dire la vérité!

HENRI (rétorquant)
Non, je t'ai seulement promis de ne pas te mentir. Je ne peux pas tout te dire! Comme on dit, toute vérité n'est pas bonne à dire... Ce sont des secrets militaires, tu comprends?

HELENE (étonnée)
Mon grand-père, un secret militaire?

HENRI (souriant)
Pas vraiment, non…!

HELENE (suppliante)
Est-ce que je pourrais le voir?

HENRI
…Certainement pas, c'est trop risqué.

HENRI hésite et réfléchit.

EXT. RUE. NUIT

Un ESPION aux cheveux longs en embuscade avance dans le ghetto. Il a un système de repérage GPS portable à la main et se rapproche discrètement de la maison d'HELENE.

EXT. MAISON. NUIT

HENRI et HELENE sont toujours en train de discuter.

HENRI
Connais-tu son écriture?

HELENE
Oui.

HENRI
Alors, je t'emmènerai une lettre de sa main et tu ne douteras plus!


INT. CHAMBRE. NUIT

PIERRE se réveille et se frotte longuement les yeux. Il se lève et touche HELENE qui sursaute.

PIERRE
C'est qui le monsieur?

HELENE (surprise puis convaincante)
C'est pas un monsieur… C'est un ange! Il vient nous parler.

PIERRE se frotte les yeux et les écarquille. HENRI s'émeut. HELENE essaie de raccompagner son frère dans son lit.

HELENE
Il vient nous donner des nouvelles de grand-père…

PIERRE (excité)
Est-ce que je peux toucher les ailes de l'ange?

HELENE (à HENRI)
Non, ses ailes sont douloureuses… C'est un ange déchu… Ses ailes ne lui sont plus d'aucune utilité… Elles sont atrophiées et rabougries.

PIERRE regarde HENRI d'un air étonné et s'approche de la fenêtre. HELENE monte son frère sur une chaise pour qu'il puisse discuter avec HENRI.

PIERRE (à HENRI)
Elles te font mal?

EXT. RUE. NUIT

L'ESPION voit HENRI discuter avec PIERRE et lui caresser la joue. Il prend quelques photos et fait tomber un objet sans faire exprès. Il se recule précipitamment dans l'ombre pour ne pas être vu. HENRI se retourne pendant un moment et le GROUPE se tait.





INT. CHAMBRE. NUIT

PIERRE se frotte encore les yeux et observe le dos d'HENRI quand celui-ci se retourne. Il y a un silence total à l'extérieur. HENRI, un peu rassuré, hausse les épaules.

PIERRE (à HELENE, chuchotant)
Elles sont vachement petites ses ailes! Je ne les vois même pas.

HENRI se retourne vers les ENFANTS et leur sourit.

HENRI
Je vais bientôt devoir partir…

EXT. RUE. NUIT

Le MILITAIRE ramasse en silence l'objet puis part rapidement sans faire de bruit.

EXT. MAISON. NUIT

HENRI sourit à HELENE et à PIERRE.

HENRI (aux DEUX puis à HELENE, souriant)
Je vous souhaite une bonne nuit… Je dois y aller… Ne vous fatiguez pas trop, ce soir! J'ai demandé qu'on vous laisse en paix…

HELENE
Vous reviendrez?

HENRI
Oui, on se reverra…

INT. CHAMBRE. MATIN

Le matin suivant, SOPHIE et HENRI sont dans leur lit. Elle se réveille tandis qu'il reste endormi. Elle se lve, place les mains sur son propre ventre et soupire en le regardant d'un air triste.

SOPHIE (chuchotant)
Que me caches-tu, Henri? Que deviens-tu…? Que ressens-tu…? Je t'aime tant...

HENRI (endormi et affolé)
Non, tu n'as rien d'autre à prouver… Tu es bien un être humain… Tu ne mourras pas… Non, non, pas toi!

SOPHIE s'inquiète et touche le front d'HENRI.

SOPHIE
Que t'arrive t'il, mon chéri? De qui parles-tu?

HENRI se réveille en sursaut. Il a l'air profondément ému et tourmenté par son rêve.

HENRI (dans le vide)
C'est horrible de rêver de telles choses! Quelle horreur!

Il regarde SOPHIE qui lui prend la main.

SOPHIE
Tu as fait un cauchemar… Tout va bien… Quelles sont ces choses horribles?

HENRI essaie de se rappeler mais n'y parvient pas.

HENRI (déçu)
Tu sais, les rêves… Plus on essaie de se les rappeler plus ils nous échappent! Je ne m'en souviens plus…

SOPHIE (suppliante)
Mais fait un effort, je t'en prie… Çà peut nous aider!

Il y a un silence. Ils se regardent.

HENRI (songeur)
Dis moi, si jamais je me faisais arrêter… et si on me torturait ensuite. Comment réagirais-tu?… Toi qui m'aime…

SOPHIE (triste et sèche)
Quelle idée!… Quelle question puisque je t'aime!

HENRI (insistant)
Que ferais-tu?

SOPHIE (vive)
Je les supplierais de t'épargner… Je les tuerais!

HENRI (songeur)
Ah…

SOPHIE (inquiète mais rassurante)
Mais qu'est-ce que tu as à craindre? Nous sommes à l'abri de telles souffrances…

HENRI (songeur)
Je sais, elles sont destinées aux anifistes…

HENRI réfléchit.

HENRI (doutant)
Ces êtres inférieurs que nous infériorisons, que nous anéantissons. Oui, nous sommes à l'abri de telles souffrance… On échappe à la douleur et on la leur fait subir… C'est tellement rassurant! On est à l'écart et on va jusqu'à se permettre de la créer, cette souffrance! Et c'est sensé être exaltant…?

SOPHIE (sèche et inspirée)
Henri… C'est la doctrine!… "Infligez aux autres ce à quoi vous voulez échapper."

HENRI (récitant et calme)
"C'est la doctrine! Les anifistes sont cruels et voraces. Faites les souffrir parce qu'ils vous feraient subir la même chose s'ils le pouvaient! Le temps est venu, pour nous nifistes, les purs, les magnifiques de mettre un terme à ce système de choses… Vengeons nous pour les souffrances et le manque de respect qu'ils nous ont infligés depuis des siècles et des siècles et exterminons les!"…

SOPHIE (souriante)
"…Savourons leurs souffrances en chœur!"… Chapitre 4, verset 3, Le Payedeur.

HENRI (songeur)
Voir leurs souffrances… un mémorial de la lutte de l'homme contre l'homme… Mais les hommes ne se sont pas toujours comportés ainsi!… Pourquoi la tauromachie par exemple, cet acte destructeur qui symbolisait la lutte entre l'homme et la bête sauvage a été interdit!

SOPHIE (inspirée)
Mais c'est pas la même chose!… Les animaux sont innocents et n'ont plus rien à voir avec l'humanité. Ils luttent assez entre eux. L'homme ne doit être un loup que pour l'homme!


HENRI (agité)
Mais on annihile aussi leurs sentiments et leurs pensées. Les anifistes seraient sensés en être dépossédés après autant d'années de servage. Mais, il leur reste des traits humains!… Il y a quelque chose d'inaltérable! Je l'ai vu et je l'ai entendu!… Quand ils râlent avant de mourir… C'est plus qu'un cri de plaies béantes! Ils me crient leur humanité! Ils me jettent leurs âmes à la figure!… Dans la roue…, j'ai fait des expériences… Je suis allé vérifier par moi-même et je le sais!

SOPHIE (affolée)
Henri! Tais toi!

HENRI (ému)
Tout s'embrouille dans ma tête…

Ils se regardent affolés. SOPHIE se reprend, se lève et se place face à lui.

SOPHIE (s'énervant)
Tu divagues…? Tu ne peux pas remettre en question la doctrine! Comment comptes-tu mener ta vie si tu ne t'y soumets pas…? Tu vas être rejeté!… Il faut que tu t'y conformes! Tu n'as pas le choix, crois moi!…

HENRI reste toujours troublé.

SOPHIE(suppliante)
Je suis enceinte! Tu dois penser à ta famille! Sacrifie toi si tu doutes! Tu as mon bonheur et celui de notre enfant entre les mains… en plus du tien!

Il y a un silence. HENRI regarde SOPHIE et comprend qu'elle ne partage son point de vue. Il tente de se calmer pour ne pas l'inquiéter davantage.

HENRI (calme et sec)
Calme toi, Sophie!… Je ne vous oublie pas! J'exprimais des idées…

SOPHIE (furieuse)
Des idées? A quoi bon penser? Penser ne mène qu'à la confrontation!… L'ancien monde ne l'illustre t'il pas assez, peut-être?…

HENRI (incrédule et énervé)
Mais si!

SOPHIE (vive et convaincante)
Il faut bien faire des sacrifices pour le bien-être de notre nation! N'apprécies-tu pas l'harmonie qui règne depuis la purification ethnique?… Les nifistes ne se sont jamais sentis aussi mieux!…

HENRI (calme et récitant)
"L'humanité ne rayonne et ne préserve ses meilleurs atouts que dans la mesure où elle sélectionne ses meilleurs éléments. Elle reste à l'abri de tout conflit que si l'anifiste conforme ses idées à la doctrine!"… Chapitre 8, verset 2, Le Payedeur.

HENRI (énervé)
Tout est trop simple, Sophie… C'est une généralisation qui me déplaît! Il existe des anifistes qui mériteraient de survivre… Moi, je me dégoûte… Je n'arrive pas à leur cheville de certains.

SOPHIE (furieuse)
Quoi? Tu es fou?…

HENRI
Notre société possède autant de souffrance et de malheur que les précédentes…


SOPHIE
On parviendra à s'en libérer… quand il la vermine aura disparue… Bientôt, le monde sera parfaitement heureux!


HENRI
Le prix de ce bonheur est bien cruel… Le malheur n'aura pas disparu, Sophie… Il aura été notre instrument!

SOPHIE
Rien n'est gratuit!

HENRI
Au fond, je ne vois pas d'amélioration même si on veut nous en donner l'impression!

SOPHIE (exaspérée)
Et que comptes-tu faire? Tu es seul… Ne te rends-tu pas compte que tu es ridicule!… Si on te repère, on t'éliminera! Ne sois pas égoïste!

HENRI
On n'en saura rien! Je serai discret!

SOPHIE (gênée et vive)
C'est trop tard! Tu m'as inquiétée et j'ai prévenu Paul...

HENRI (furieux puis ironique)
Paul? Mais vous n'avez toutes que ce mot à la bouche!… Paul!Paul!

SOPHIE (reprochante)
Toutes?… Henri, je t'aime! Mais je ne te laisserais pas gâcher nos vies… Il faut que tu te fasse soigner… On t'empêchera de retourner là d'où tu viens!…

HENRI, inquiet, regarde SOPHIE et ne répond pas. SOPHIE se tait. Elle prend ses affaires pour aller travailler.

SOPHIE
Je pars travailler!

HENRI (inspiré et désespéré)
D'où je viens…? Mais tu ne peux pas le savoir…!

SOPHIE sort rapidement de l'appartement. HENRI s'affole et prend son visage entre ses mains.

HENRI (à lui-même, affolé)
Mais qu'est-ce que j'ai fait?…

INT. BUREAU. JOUR

SOPHIE, pressée et inquiète, entre dans le bureau de préfet de PAUL.

SOPHIE
Bonjour, mon général!

PAUL (rassurant)
Bonjour, Sophie! Je ne m'attendais un peu à ce que tu me rende visite! Alors, quoi de neuf?

SOPHIE (désespérée)
Henri perd les pédales… Il se met à défendre les opprimés à présent…!

PAUL (rassurant)
Ah bon?… Ne t'inquiète pas, je crois savoir de quoi il s'agit…

SOPHIE
C'est une femme?

PAUL (ironique)
Pas tout à fait… Mais c'est dans le genre…

SOPHIE
Comment çà dans le genre?

PAUL (songeur et amusé)
…Je pense qu'il dévie un peu. Je croyais que je le connaissais… Je n'aurai jamais imaginé qu'il puisse avoir ce genre de fantasme… Il n'a pas dû oser nous en parler… Çà ne m'étonne pas d'ailleurs!… Je vais lui offrir un spectacle de luxe et il va nous revenir! Fais moi confiance…

PAUL réfléchit.

PAUL (riant)
Tu me disais qu'il défendait les opprimés? C'est vrai qu'il était assez emballé ce matin…

SOPHIE (incrédule)
Vous nous écoutiez?

PAUL
Oui… Rassure-toi, on ne renonce pas à ses principes et à son éducation aussi facilement, crois moi!… Je crois qu'Henri à simplement un penchant qu'il ne s'est pas encore avoué… Çà explique ses troubles… Je vais résoudre son problème…

SOPHIE
Mais quel problème?

PAUL
Moins tu en sais, mieux ce sera! Tu n'étais pas bien brillante ce matin…

SOPHIE
Ah bon?

PAUL (reprochant)
Tu n'arrêtais pas! Bon, j'ai du travail…

SOPHIE
Entendu, mon général. Au revoir! Je ne sais jamais si je dois t'appeler Paul ou vous appeler mon général…

PAUL
Fais ce que tu veux… Çà dépend des circonstances… A plus tard!

SOPHIE quitte la pièce. Seul, PAUL prend un air amusé et sûr de lui.


PAUL (à lui-même, incrédule)
Et dire que c'est un gamin qui cause tout ce bazar!

INT. COULOIR. JOUR

HENRI se trouve dans l'immeuble scientifique à l'étage où est incarcéré le GRAND-PERE d'HELENE. HENRI, hésitant et troublé, avance dans le couloir. Il aperçoit enfin le GRAND-PERE qui, rêveur, regarde par la fenêtre à l'extérieur de l'immeuble. HENRI le regarde et semble le plaindre.


EXT. PLACE DU GHETTO. JOUR

Une camion militaire arrive dans le ghetto. Des MILITAIRES en descendent et se dirigent vers différentes maisons dont celle d'HELENE.

INT.CELLULE. JOUR

HENRI entre dans sa cellule. Le GRAND-PERE, affaibli et silencieux, s'affole et se protège le visage de ses mains quand HENRI s'approche de lui. HENRI ne sait plus très bien comment se comporter.

HENRI (humain)
Monsieur…

LE VIEILLARD le regarde avec étonnement. HENRI est gêné.

HENRI (sec et autoritaire)
…Assieds toi à ta table… Je veux que tu écrives une lettre…

LE VIEILLARD s'exécute. HENRI se penche sur la feuille.

HENRI (rapide)
Aujourd'hui, le 3 mai 2020,

Le VIEILLARD écrit et HENRI reste silencieux. Le VIEILLARD le regarde. HENRI, ému, essaie de se maîtriser son émotion.

HENRI (sec)
Je déclare, …Indiquez votre nom et prénom… et votre date de naissance…

On entend le VIEILLARD qui écrit. HENRI, ému, recule et regarde par la fenêtre. Il sert les poings et cherche à dominer sa faiblesse.

HENRI (ému)
…être enfermé depuis… environ un mois dans un immeuble du parc d'attraction.

Le VIEILLARD finit d'écrire.

HENRI s'approche en regardant le vieillard et lui montre le bas de la feuille.

HENRI
Veuillez signer là, s'il vous plaît…

HENRI
Ne parlez à personne de ma visite!

HENRI prend ensuite la feuille, la plie et la range dans sa veste. Il quitte la pièce et ferme la porte.

INT. MAISON. JOUR

Des MILITAIRES prennent PIERRE de force malgré les cris de détresse de la FAMILLE et sortent de la maison.

INT. COULOIR. JOUR

HENRI inspire profondément plusieurs fois pour se calmer complètement. Il appelle l'ascenseur. Quand les portes s'ouvrent. Il s'approche de la caméra du couloir, la rallume puis monte dans l'ascenseur.

INT. PLACE DU GHETTO. JOUR

Une dizaine de petits GARÇONS du ghetto se trouvent dans le camion. Ils hurlent et pleurent. Les MILITAIRES les retiennent. Le camion part rapidement. Des MILITAIRES sont restés sur place et retiennent les PARENTS, hystériques et désespérés. HELENE est parmi eux.

MILITAIRES (hurlant)
Vous n'avez rien à craindre! Rien ne va leur arriver!...

Les MILITAIRES et les PARENTS se battent. Un PERE crache sur HERVE.

PERE (hurlant et gémissant)
Ordure! Chien de Patochin!

HERVE pousse le PERE violemment en arrière et celui-ci tombe et reste sur le sol. HERVE s'essuie le visage.

HERVE (hors de lui)
Je te défoncerais la gueule si je pouvais me le permettre!

HERVE (aux MILITAIRES)
Mais y a ces putains d'instructions à respecter!

PERE (hystérique)
A respecter? Mais vous ne respectez rien! Tu peux me frapper! Tu me tuer…! Je n'ai plus rien à perdre!

HERVE (fou)
Ne me pousse pas à bout! Vermine! Chient galeux!

On voit HELENE qui se sauve et rentre chez elle rapidement. Elle est en train de pleurer.

INT. MAISON. JOUR

HELENE traverse rapidement sa maison, arrive dans sa chambre et ressort en passant par la fenêtre de sa chambre.

EXT. PLACE DU GHETTO. JOUR

HERVE tire le PERE par les cheveux tandis que ce dernier essaie de se relever.

HERVE
Je vais te ramener chez toi! Çà commence à bien faire!


PERE (criant)
Vous êtes en train de nous massacrer jusqu'au dernier comme faisaient les extrémistes Algériens! Tue moi, sale chien de nationaliste! Je m'en fous… A quoi bon résister? Tout le monde ferme les yeux! Les pays civilisés savent ce que vous faîtes et ne font rien!

HERVE
Ta gueule!

HERVE emmène le PERE chez lui, ferme la porte et sort un couteau.

PERE (haletant)
Tu n'as pas besoin de te cacher chez moi pour me tuer…

HERVE
Ton heure a sonné!

PERE
Tout le monde sait déjà que vous êtes en train de faire un génocide!... Ils attendent patiemment la dizaine d'innocents survivants avant d'intervenir!

HERVE
Mais ouais… et le monde s'en fout, connard! Principe de non-ingérence!

HERVE lui tranche la gorge et le lâche.

Fondu en noir.

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