Friday, February 24, 2006

Cinquième partie

INT. CUISINE. APRES-MIDI

Une heure plus tard, ANDRE et HERVE ont violé la VIEILLE. On ne le voit pas. Dans la cuisine du couple de vieux HONGROIS, HERVE, sort un mouchoir de sa poche, saisit avec un couteau par son manche et sort.

INT. PIECE VOISINE. APRES-MIDI

La VIEILLE est assise contre un mur. Elle a l'air hébété et pleure. ANDRE qui est face à elle reboutonne son pantalon. HERVE entre et ANDRE le rejoint. HERVE se baisse, fait glisser le couteau sur le sol vers la VIEILLE et range son mouchoir. La VIEILLE, surprise, tend la main, attrape le couteau et le repousse sur le côté en le faisant glisser à nouveau. HERVE et ANDRE la regarde faire.

HERVE (à la VIEILLE, ironique)
Trop tard, tu l'as touché!

La VIEILLE les regarde fixement avec effroi. ANDRE sort un silencieux et tire sur elle.

ANDRE (ironique)
Elle aurait pu nous tuer...

HERVE sort son portable.

HERVE (sûr de lui)
Allô? Passez moi le commandant Lafont, s'il vous plaît!

Il y a un silence. HERVE regarde ANDRE.

HERVE
Mon commandant?

HERVE
Ici, le caporal Hervé Dupont. Il y a eu un problème...

HENRI, qui est à l'autre bout du fil, est suspicieux.

HERVE (mal à l'aise)
Eh bien, le couple s'est rebellé malgré tout nos efforts... La vieille a saisi une arme... un couteau de cuisine.

HERVE
Eh bien, oui... Il a bien fallu!

HERVE
Lui, on l'a endormi. Il se débattait trop!

HERVE
Non, on a dû l'abattre après… On a endormi le vieux avant qu'elle se mette à nous menacer avec son couteau.

HERVE (très mal à l'aise)
Oui, le sergent caporal André Reynaud...

HERVE
Non, on les a envoyé faire un contrôle d'identité dans le ghetto. C'est un bon exercice pour eux...

HERVE écarte le portable de son oreille. On devine qu'HENRI est furieux et crie.


HERVE
Mais ne vous inquiétez pas, on a opéré en toute discrétion selon vos instructions...

HERVE
Non, personne ne nous a remarqué! Tout est calme dans le ghetto. Il n'y a pas de problème...

HERVE
Entendu, mon commandant!

HERVE
Oui! Au revoir, mon commandant!
HERVE raccroche et regarde ANDRE d'un air inquiet.

ANDRE
Il est chiant ce nouveau, merde! Je me demande d'où on nous sort un idéaliste pareil! Il nous prend vraiment pour des enfants de chœur!

HERVE (imitant HENRI, ironique)
Il-faut-que-les-anifistes-hongrois-du-ghetto-soient-calmes-et-sereins…

ANDRE
Mais qu'est-ce qu'il croit? On n'est pas soldats pour les cueillir des pâquerettes…!

HERVE
Il faut que tu aille approcher le camion. Emmène les civières!
EXT. ROUE. APRES-MIDI
Il fait plus sombre. Le CLIENT, hilare, sort de sa cabine couvert de sang de la tête aux pieds et une EQUIPE de nettoyage y rentre immédiatement. Un MILITAIRE s'approche du CLIENT.

MILITAIRE
Avez-vous été satisfait, monsieur?

CLIENT
Tout à fait…! C'était un vrai bain de jouvence!

MILITAIRE
Bien monsieur!… Si vous voulez bien me suivre… Je vous conduis aux douches.

On voit Le CLIENT s'éloigner. Il a l'air satisfait et imbécile.

EXT. PLACE DU GHETTO. SOIR

ANDRE et HERVE sortent de la maison en portant l'un après l'autre deux CORPS enveloppés de linceuls et posés sur des civières. Ils les amènent à l'arrière du camion. Il y a quelques BADAUDS et notamment la sœur de la vieille qui a été tuée précédemment. C'est la TANTE du père d'HELENE. Elle est profondément bouleversée malgré le fait que les MILITAIRES ne cessent de leur sourire et de les saluer pour les rassurer. Tout le monde devine ce qui s'est passé. Les MILITAIRES remontent dans le camion.

INT. CAMION. LUMIERE ELECTRIQUE

ANDRE
Ils sont où les autres déjà?

HERVE (hésitant)
Heu… Il y en a un rue de l'ombre brune…

ANDRE fait démarrer le camion.

INT. MAISON. LUMIERE ELECTRIQUE

Au même moment, la FAMILLE d'HELENE se trouvait à table en train de dîner. On les voit TOUS en train de regarder dans la direction de la porte d'entrée. La TANTE se trouve sur le seuil de la porte qu'elle a laissé ouverte. Elle est hystérique et ne cesse de gémir. Soudain, le père d'HELENE se précipite vers elle pour la consoler tandis que la MERE va fermer la porte.

PERE
Ma tante! Mais que s'est-il passé?

La TANTE désigne l'extérieur d'un geste.

TANTE
Ils les ont pris tous les deux!

La MERE se dirige vers les ENFANTS.

MERE
Hélène! Sors Pierre, s'il te plaît! Emmène le dans sa chambre!... Dépêchez-vous!

HELENE
Viens, Pierre! On y va…

PIERRE, inquiet, regarde successivement les membres de sa FAMILLE avec intensité. Comme il pressent qu'il s'est passé quelque chose de grave, il se met à pleurer.

PIERRE
Grand-père? Grand-mère?

HELENE (à PIERRE, vive)
Allez, on y va!

Ils partent. Le PERE propose une chaise à sa TANTE pendant ce temps. Puis il part regarder à la fenêtre et voit le camion qui s'éloigne définitivement du ghetto.

TANTE (hystérique)
Y faut que... y faut... y faut... que tu fasse quelque chose, quelque chose.... fasse quelque chose!


PERE (furieux)
Je vais aller en ville! Çà ne va pas se passer comme çà!

MERE
Hé, mais calme toi! Tu es fou...! Tu ne peux rien faire! Tu vas tous nous mettre en danger! Pense aux enfants!

Le PERE accepte le point de vue de sa FEMME.

PERE (hurlant et désespéré)
Merde et merde!

PERE (sanglotant puis furieux)
Papa! Maman!... Les salauds…! Pourquoi est-ce qu'il reviennent encore nous faire chier! Mais qu'est-ce qu'ils foutent encore?

MERE (convaincante)
N'y va pas!

TANTE (insistante)
C'est ton père, vas-y! Tes parents, tu m'entends! Les Patochins, ils reviendront... Ils vous emmèneront aussi… On y passera tous!

MERE (à la TANTE)
Arrêtez! Taisez vous enfin! Non, il ne doit pas partir! Il ne pourra que se faire tuer!

PERE (hésitant)
Peut-être qu'ils arrêteront! Ils ont peut-être fini? Papa n'aurait pas voulu qu'on se mette en danger inutilement de toute manière...

TANTE
Tu fais rien et c'est çà le danger!

EXT. CHAMP. APRES-MIDI

Tout est calme. Le ciel commence à s'assombrir. HENRI et SOPHIE sont allongés dans l'herbe l'un à côté de l'autre. Leur voiture est stationnée un peu plus loin. SOPHIE vient de tomber enceinte.

HENRI (rêveur)
Dans un moment, quand tout sera noir, on verra l'infinité des étoiles que la lumière du jour cache encore...

SOPHIE (amusée)
J'adore les observer et tourner légèrement la tête… Çà me donne le vertige...

HENRI
Oui, on perd tous ses repères... On se pose des questions... et on prend conscience de ce qu'on est réellement.

SOPHIE
On est conçu pour ne se rappeler que du superficiel. Heureusement, d'ailleurs... Sinon, il y aurait de quoi devenir fou!

Il y a un silence. SOPHIE regarde HENRI en lui souriant.

SOPHIE (heureuse)
Je crois que je suis enceinte…

HENRI la regarde.

HENRI (étonné et heureux)
C'est vrai? Tu es sûre?

SOPHIE
Çà m'en a tout l'air…

Ils se donnent la main et sourient en regardant le ciel en silence. HENRI a l'air très heureux.

HENRI
Crois-tu que le destin de notre enfant sera prédéterminé par les étoiles selon le jour de sa naissance?

SOPHIE
Pourquoi les dés ne seraient-ils pas jetés dès sa conception?

HENRI réfléchit et regarde SOPHIE

HENRI (songeur et lent)
Conception… et naissance… Obscurité… et lumière… Le Mal… et le Bien… Les planètes influenceront sûrement ces deux côtés de son être.

HENRI (souriant)
Après sa naissance, ce sera à notre tour de lui tourner autour!… Je lui consacrerai ma vie…!

SOPHIE (riant)
J'espère bien! Mais n'oublie pas que tu as un autre projet intéressant à réaliser...

HENRI
Allez, viens! On s'en va…

SOPHIE et HENRI se lèvent.

HENRI
Justement à ce propos, je dois aller au parc ce soir… Je n'en n'aurai pas pour longtemps… Je te raccompagne!

Ils se dirigent vers leur voiture.

INT. IMMEUBLE SCIENTIFIQUE. LUMIERE ELECTRIQUE

C'est la nuit. HENRI se déplace seul dans un des couloirs. VALERIE se trouve avec d'autres femmes MILITAIRES à un autre étage dans un couloir où sont enfermés séparément des FEMMES et des ENFANTS. Des CLIENTS visitent aussi cet étage. A cause des vitres, ils ne voient pas les MILITAIRES qui, tout en se déplaçant lentement, les observent. VALERIE, fatiguée et démotivée, s'avance vers une vitre où il y a cinq ENFANTS asiatiques de taille très différentes qui sont en train de dormir. Parmi eux se trouve un petit GARÇON qui a environ cinq ans. Elle allume l'écran d'ordinateur. Les phrases suivantes s'affichent :


GROUPE ASIATIQUE

éléments asiatiques enfants masculins 5, 9 et 11 ans,
éléments asiatiques enfants féminins 4 et 16 ans.

>silence

VALERIE éteint l'écran.

VALERIE (aux MILITAIRES)
Il me faut le gamin de cinq ans pour sept heures… Tête rasée…

VALERIE continue à avancer dans le couloir et regarde à travers les vitres suivantes. Elle s'arrête encore et hésite.


VALERIE (aux MILITAIRES)
Il nous en faut encore deux! Débrouillez-vous! J'ai un autre problème à régler... Rasez les tous. Il nous les faut pour sept heures tapantes, n'oubliez pas!

UNE MILITAIRE
D'accord!

UNE AUTRE MILITAIRE
A plus tard, madame.

VALERIE ne répond pas et s'en va. Elle prend l'ascenseur.

INT. ASCENSEUR. LUMIERE ELECTRIQUE

Les portes de l'ascenseur s'ouvrent et VALERIE s'apprête à sortir. HENRI se trouve juste derrière les portes au moment où elles s'ouvrent. Ils se retrouvent tous les deux nez à nez.

INT. COULOIR. LUMIERE ELECTRIQUE

VALERIE hésite puis sort dans le couloir.

HENRI (surpris et souriant)
Eh bien! Te voilà enfin! Il n'y a plus moyen de savoir où tu es depuis quelques temps…

Les portes de l'ascenseur se ferment.

VALERIE (gênée)
Je vais bientôt partir et je prépare mon déménagement.

HENRI prend un air étonné puis se dirige vers la caméra qui filme le couloir et l'éteint pour ne pas être vu ou entendu.

HENRI
Tu pars? Comment çà? Où çà?

VALERIE
En province! T'habitues-tu a ta nouvelle vie d'homme marié?

HENRI (non intéressé)
Oui… Je suis pressé là… Il faut que je me sauve! Mais on pourrait se revoir? Tu es libre ce soir? Tu pars quand au juste?

VALERIE (gênée)
Après demain très tôt… Je n'aurai pas le temps… Je suis désolée…

HENRI (déçu)
On se reverra, non? Tu reviendras à Mona de temps en temps?

VALERIE (sèche et le coupant)
Je ne crois pas! Je…

HENRI (étonné mais affectueux)
Comment çà? Mais qu'est-ce qu'il y a?

VALERIE
Ce soir, je n'ai vraiment pas le temps… Viens chez moi, demain soir! A partir de vingt heures!

HENRI
Entendu!

HENRI la regarde. VALERIE ouvre les portes de l'ascenseur, baisse les yeux et reste dans le couloir. HENRI entre dans l'ascenseur.

VALERIE
Au revoir!

HENRI
A demain… N'oublie pas la caméra!

VALERIE regarde HENRI jusqu'à ce que les portes se ferment, puis elle rebranche la caméra et continue à se déplacer dans le couloir tout en retenant ses larmes.

INT. CABINE. LUMIERE ELECTRIQUE

Le lendemain, une belle FEMME aux cheveux longs d'environ trente ans et vêtue de sous-vêtements rouge et noir, se trouve dans une cabine de la roue. Elle s'avance vers un couple d'Arabes (un HOMME et une FEMME) . Ils sont assis et ligotés sur des chaises l'un à côté de l'autre.

BELLE FEMME (cynique)
Alors les soit disant intellos… Vous savez que je dois vous faire mourir! Essayez donc de vous comporter dignement pendant le temps qu'il vous reste à vivre!

HOMME (courageux, énervé et provoquant)
...Dignement?...Tu veux qu'on crève le sourire aux lèvres, c'est çà? Tu veux aussi peut-être qu'on embellisse ta tâche?

FEMME (ironique)
Un meurtre dans de bonnes conditions! Elle ne veut pas nous entendre hurler, nous voir pleurer… C'est dur de travailler ainsi, n'est-ce pas?

BELLE FEMME (fort)
On a préparé ses arguments à ce que je vois! Vous essayez de m'émouvoir? Mais... n'est-ce pas dur, pour vous, de tenter de trouver des arguments pour essayer de m'atteindre, pour essayer d'ébranler mes convictions... et de vous apercevoir... que vous n'avez rien de cinglant à me lancer à la figure... parce que vous êtes trop… déphasés?

HOMME
Nous sommes trop déphasés? Et comment le sais-tu?

BELLE FEMME (ironique et de plus en plus fort)
Eh bien, mon cher! Tu veux savoir ce qui me le prouve? Tu es assis et je suis debout! Tu es ligoté et moi, j'agis! J'agis et tu subiras ce que je voudrais!… Tu vas crever tandis que moi, je vais vivre! Tout cela parce que tu n'es qu'un pauvre con d'Arabe… un être inférieur. Tout simplement!

FEMME (ironique et fâchée)
Des êtres inférieurs que l'on prend le soin d'affamer!… Inférieurs? Mais tu as besoin de nous faire attacher pour t'en convaincre, n'est-ce pas?… Si tu étais si forte... pourquoi prendrais tu la précaution de nous ligoter avant d'agir, hein? Tu n'aurais même pas besoin de nous mettre dans une telle position…, pas besoin non plus de nous tuer… Je veux dire que tu ne devrais même pas te soucier de gens qui sont cons... On devrait se suffire à nous mêmes?... Pourquoi nous portes-tu autant d'intérêt?

BELLE FEMME
Parce que je ne supporte pas votre vue…, parce que vous remettez en question l'espèce humaine… Parce que j'aime ce qui est grand, beau et esthétique! Toute aberration mérite d'être éliminée, figure toi! Je vous ai attaché parce que c'est plus artistique et parce que c'est dans cette position que je pourrais opérer au mieux... pour vous tuer!


HOMME (énervé)
Eh bien, qu'attends-tu?… Tu veux nous tuer, sache que çà m'est égal! Quoi de plus normal qu'une folle et qu'une meurtrière tue? Est-ce impossible d'en être par malchance la victime? A quoi bon raisonner, puisque tu dois tuer?… La seule chose à laquelle je pense encore : c'est que tu me fais pitié... Je ne vois en toi qu'une esclave!

INT. GUICHET. JOUR

PAUL et HENRI sont seuls dans le guichet. Un seul écran vidéo qui se trouve au centre est allumé et retransmet ce qui se passe dans la cabine de la BELLE FEMME. Ils portent des écouteurs pour écouter tandis qu'ils sont assis et grignotent des cacahuètes. Il sont très intéressé et attentif.

ECRAN DE TELEVISION

On voit la fin de la scène de la cabine avec la BELLE FEMME

BELLE FEMME (énervée)
Ta gueule l'anifiste! Ta gueule!

HOMME (persévérant)
Une esclave enchaînée par son éducation, ses pulsions…, son orgueil…, des principes…. Alors vraiment… je ne vois pas en quoi tu es libre. Nous sommes peut-être des victimes ligotées… mais tu vois... on sait voir un peu plus loin que le bout de notre nez et j'en arrive même à te plaindre…

La BELLE FEMME, furieuse, se déplace vers la table au fond de la pièce pour aller chercher des instruments de torture. Les ARABES la regarde. La FEMME s'affole.

FEMME (pleurant et rageant)
Certes, on va mourir mais on ne s'est pas corrompu! Nous sommes innocents!

La BELLE FEMME revient avec un marteau de charpentier.


BELLE FEMME (à la FEMME, exaspérée)
Ta gueule!

INT. GUICHET. JOUR

PAUL et HENRI regarde l'écran avec plus d'attention et ont l'air intrigué. Ils cessent de manger et de sourire. Soudain, ils se détournent et partent en courant vers des toilettes pour aller vomir. Le spectateur ne voit pas ce qu'il y avait sur l'écran de télévision.

Fondu en rouge.

INT. IMMEUBLE. SOIR

Le lendemain, HENRI qui a rendez-vous avec VALERIE sonne à l'interphone en bas de l'immeuble où elle habite.

VALERIE
Oui?

HENRI
C'est moi!

VALERIE
Je t'ouvre!

On entend la sonnerie qui ouvre la porte.


VALERIE
C'est bon?

HENRI
Oui!

HENRI pousse la porte et entre.

INT. SALON. SOIR

Un peu plus tard, HENRI et VALERIE sont assis près l'un de l'autre sur le sofa dans un appartement vide.

VALERIE
… Je suis heureuse de te revoir au moins une dernière fois. Si on ne s'était pas rencontré par hasard avant hier, on n'en aurait pas eu l'occasion… Je suis contente de partir, tu sais?… La vie dans la ville ne me convient pas. J'étouffe!

HENRI (étonné)
Tu ne serais pas partie sans me dire, au revoir? Mais pourquoi est-ce que tu te comportes comme çà? Où pars-tu d'abord?

VALERIE (hésitante et tentant de sourire)
Loin de toi… pour refai… pour faire ma vie…!

HENRI
Çà ne m'enchante pas du tout de te perdre… J'aurais préféré te garder près de moi… Ton départ est irrémédiable?

VALERIE (triste)
Oui!

Il y a un silence. VALERIE a la gorge nouée. Elle se met à pleurer.

VALERIE
Je suis désespérée… J'ai été éduquée pour te servir… On m'a tant parlé de toi…

HENRI fronce les sourcils.

HENRI
Comment çà?

VALERIE
Paul pensait que tu étais libre…

HENRI (songeur et troublé)
Alors comme çà, tu m'étais destinée…?

VALERIE
Exactement!

Il y a un silence. HENRI réfléchit.

HENRI
Es-tu sûr de m'aimer?

VALERIE (sanglotant)
Oui!…

HENRI
Mais tu aurais pu tomber amoureuse d'un autre que moi…


VALERIE
Comment çà?

HENRI
Si Paul t'avait présenté quelqu'un d'autre? Tu serais tombé amoureuse de lui, n'est-ce pas?

VALERIE
Si Paul m'avait présenté quelqu'un d'autre…? Euh, oui… Oui! J'aurais accepté! Je lui aurais fait confiance.

HENRI regarde devant lui.

HENRI (réfléchit)
Dans ces conditions, je ne crois pas que tu saches ce que veut dire aimer. L'amour n'est pas du préfabriqué… Tu es jeune, Valérie… et bien trop enthousiaste… Je ne suis pas sûr de grand chose… Mais j'ai eu pas mal d'expériences malheureuses avec des femmes et je peux te dire que çà n'aurait certainement pas pu marcher entre nous. Je suis assez difficile, d'ailleurs… Tu n'aimes sûrement que l'image que tu te fais de moi… ou plutôt celle qu'on t'a montré. Tu ne me connais pas vraiment, tu sais!

Il y a un silence. VALERIE s'apaise et regarde HENRI.

HENRI (à VALERIE)
Tu vas souffrir, c'est sûr… C'est bien malheureux, d'ailleurs… Mais tu ne pourras pas y échapper! J'espère seulement que tu m'oublieras le plus vite possible. En tout cas, je te le souhaite… Un conseil, soit patiente!

VALERIE lui sourit et semble plus calme.

EXT. ROUE. MATIN

Un jour suivant, HENRI se dirige vers le guichet et salue le GUICHETIER. Il y a peu de monde dans le parc d'attraction.

GUICHETIER (familièrement)
Bonjour, mon commandant!

HENRI
Bonjour! Ma nacelle est-elle prête?

GUICHETIER
Oui! Je vais vous faire monter!

Le GUICHETIER touche des manettes et regarde la roue qui commence à ralentir.

GUICHETIER
C'est la sixième, n'est-ce pas?

HENRI
Oui, c'est çà!

Le GUICHETIER fait approcher la sixième cabine du sol.

HENRI
Comment vont les affaires?

GUICHETIER
Excellemment, mon commandant! Il y a une liste d'attente de plusieurs mois, maintenant… Aujourd'hui, çà n'a pas arrêté depuis ce matin. Toutes les nacelles sont occupées en ce moment!

La roue s'est immobilisée et la cabine est près du sol.

GUICHETIER (avec humour)
Et voilà! Je vous souhaite un agréable moment!

HENRI sourit et se déplace vers sa cabine. Les MILITAIRES présents se contentent de le saluer en restant sur place. HENRI les salue et entre dans la cabine.

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